Etude ressources naturelles et de l’environnement Au Cameroun
Etude ressources naturelles et de l’environnement Au Cameroun
Saturday, 09 August 2008 08:33
ETAT DU DIALOGUE ENTRE CHERCHEURS DECIDEURS DANS LE DOMAINE DE LA BONNE GOUVERNANCE DU SECTEUR DES RESSOURCES NATURELLES ET DE L’ENVIRONNEMENT AU CAMEROUN
SOMMAIRE
Introduction
I- Etat des lieux de la recherche
I.1- Un aperçu des travaux de recherches
I.2- Les motivations des chercheurs
I.3- Les canaux de diffusion des résultats
II- Un panorama des politiques publiques sectorielles
II.1- Programme National de gestion de l’environnement (PNGE)
II.2- Le Programme Sectoriel Forêt Environnement (PSFE)
III- Dialogue chercheurs décideurs dans le secteur des ressources naturelles et de l’environnement
III.1- Un état des lieux
III.2- Les cas d’appropriation
III.3- Les cas de réappropriation
III.4- Les cas de non (ré) appropriation
IV- Les facteurs déterminants
IV.1- les facteurs favorables
IV.1.1- Cas d’appropriation
IV.1.2- Cas de réappropriation
IV.2- Facteurs défavorables
IV.2.1- Cas de non (ré) appropriation
IV.2.2- Autres
V- Recommandations
V.1- Recommandations générales
V.2- Conditions préalables
V.3- Recommandations institutionnelles
V.4- Recommandations sectorielles
V.5- Autres recommandations
Conclusion
INTRODUCTION
Depuis le golfe de Guinée jusqu’au lac Tchad, le Cameroun forme un triangle de 475 442 km2 de superficie, qui relie l’Afrique équatoriale et l’Afrique occidentale. Il se divise ainsi en plusieurs régions : au sud, la plaine côtière ; à l’intérieur, les terres sont couvertes d’épaisses forêts tropicales ; tandis qu’en direction du nord, celles-ci font place à la savane puis à la steppe soudano-sahélienne qui se termine par des marécages en bordure du lac Tchad. Cette diversité des régions traduit le trait dominant et multiple des ressources naturelles. Il s’agit entre autres des différents reliefs et hydrographie, du climat, de la faune, de la flore et des minerais.
Au sens courant, on entend par ressources naturelles des produits aussi divers d’origine naturelle, à savoir ceux issus de la nature tels que le bois, le pétrole, le charbon ou les fruits sauvages… Le mot “ressource” désigne ce qui est utile à l’homme tandis que le qualificatif “naturelle” renvoie au milieu, extérieur à l’activité humaine, dont elle provient; c’est-à -dire d’un ensemble des caractéristiques physiques, chimiques et biologiques des écosystèmes plus ou moins modifiées par l’action de ce dernier.
En effet, la mise en valeur des ressources naturelles produit des effets non négligeables sur l’environnement. C’est pourquoi l’utilisation des produits de la nature doit se conformer aux normes empiriques, scientifiques, technologiques et prévisionnelles dans le cadre d’un développement social durable.
L’importance des ressources naturelles met en lumière deux catégories de ressources: les ressources renouvelables et les ressources non renouvelables. Si les ressources renouvelables – qui regroupent l’ensemble de la faune et de toute la végétation – semblent moins poser des problèmes de rationalité d’usage, il apparaît bien difficile de remédier à d’importants dégâts liés à la modification des ressources dites non renouvelables. C’est d’ailleurs cette difficulté qui justifie l’accent particulier mis sur l’exploitation rationnelle et la bonne gouvernance de ce secteur.
Le dialogue entre chercheurs et décideurs en vue de l’implémentation de la bonne gouvernance dans les secteurs des ressources naturelles et de l’environnement hèle à la précision de certains concepts qui s’imposent comme des pré requis d’une part à la maîtrise dudit secteur et d’autre part à une perception de la gouvernance de ce secteur.
Parallèlement, de nombreux scientifiques camerounais ont mené des recherches, dans de multiples disciplines, qui pourraient servir de levier à l’essor d’une gouvernance de ce secteur en faveur du développement durable, mais dont les résultats sont soit méconnus ou non utilisés par les décideurs dans leurs prises de décisions. Par exemple, une irrigation naturelle d’une région à partir d’un bassin hydrographique prescrite par un chercheur peut être maintenue indéfiniment par une gestion judicieuse de la végétation et des sols, et l’étude du contrôle de la pollution permet de vérifier la qualité de l’eau.
De cette observation, Il ressort que l’articulation des échanges entre les chercheurs et les décideurs dans le domaine des ressources naturelles et de l’environnement est susceptible d’harmoniser l’utilisation des ressources naturelles et d’amoindrir les risques y tributaires. L’objectif étant de conjuguer des efforts pour la mise en commun des expériences. C’est dans ce sens qu’un dialogue chercheurs-décideurs, suppose l’échange des informations et connaissances, tant pour l’élaboration des thèmes de recherches que pour la prise de décisions visant à mettre en place une stratégie gouvernementale intégrant les principes d’un bon système de gouvernance.
L’étude vise à analyser de manière critique les facteurs favorables ou défavorables du dialogue entre chercheurs décideurs dans la prise en compte des résultats de la recherche, spécifiquement dans le domaine de la gouvernance du secteur des ressources naturelles et de l’environnement au Cameroun. En d’autres termes, il est question de mener des réflexions en vue d’apprécier l’état de synergie entre les milieux de la recherche et de la décision afin de montrer comment l’implémentation de la gouvernance dans ce secteur peut être favorisée par les résultats de la recherche. Parallèlement l’étude identifiera les stratégies convenables et nécessaires pour l’établissement d’un dialogue durable entre chercheurs et décideurs dans le secteur étudié.
De manière spécifique, l’étude procède dans un premier temps, à l’analyse des facteurs déterminants négatifs ou positifs du dialogue dans la gouvernance du secteur des ressources naturelles et de l’environnement. Il sera notamment question :
1 D’identifier les facteurs favorables ou défavorables internes aux institutions respectives ;
2 D’identifier les facteurs favorables et défavorables sur les plans international, national et local. .
3 D’apprécier les types d’influence que la recherche dans le domaine de la gouvernance du secteur des ressources naturelles et de l’environnement au Cameroun a eu (ou peut avoir) sur les politiques publiques sectorielles ;
4 D’identifier les différents facteurs perçus dans la structure ou le fonctionnement de chaque groupe d’acteurs (chercheurs et décideurs).
Les solutions visant à atténuer les facteurs défavorables à une bonne synergie entre les chercheurs et les décideurs sont également proposées. Il s’agit notamment de :
1 Créer un cadre de concertation susceptible de favoriser un rapprochement mutuel entre les chercheurs et les décideurs;
2 Faire des suggestions de nature à contribuer à une plus grande valorisation des résultats de la recherche dans le domaine de la gouvernance du secteur des ressources naturelles et de l’environnement;
3 Suggérer des passerelles de collaboration pour renforcer une plus grande participation des utilisateurs à la définition des thèmes de recherches et inciter les chercheurs à prendre en compte les préoccupations des décideurs.
La méthodologique retenue pour cette étude s’est articulée autour de trois principaux points :
i- la collecte des données
Sur la base du guide d’entretien élaboré par le CREDDA, des descentes sur le terrain ont été effectuées dans des institutions et départements ministériels en charge de la recherche, des ressources naturelles et de l’environnement. Il s’agit notamment du Minresi et de ses institutions sous tutelle, du Ministère des Mines, de l’industrie et du développement technologique, du ministère de l’eau et de l’énergie, du Ministère de la forêt et de la faune, du ministère de l’environnement et de la protection de la nature. Parallèlement certaines institutions de recherches universitaires ont été également visitées. Le trait commun effectif ou escompté de ces derniers étant la mise en œuvre de la gouvernance dans leurs politiques et stratégies décisionnelles. Ces descentes ont favorisé d’une part la rencontre avec les principaux acteurs techniques de ces domaines (les chercheurs) et d’autre part la réalisation des interviews et échanges avec les responsables et cadres des organisations visitées. Par ailleurs, des rapports, des études, des thèses, etc. sur la gouvernance ont été consultées en vue d’apercevoir le profil des recherches dans le domaine de la bonne gouvernance du secteur des ressources naturelles et de l’environnement.
ii- le diagnostic et l’analyse des facteurs favorables et défavorables du dialogue chercheurs décideurs
L’objet est de déterminer l’état des facteurs favorables qui ont contribué (ou pourraient contribuer) à influencer les politiques et stratégies de la gouvernance dans le secteur des ressources naturelles et de l’environnement d’une part, et sur les facteurs défavorables qui ont réduit (ou sont susceptibles de réduire) l’impact de la recherche sur ces stratégies et politiques sectorielles d’autre part. Les données ainsi recueillies à l’aide des différentes sources d’informations ont permis d’évaluer l’influence de ces facteurs sur l’intégration des résultats de recherches dans la prise de décisions gouvernementales.
iii- la formulation des recommandations
L’exercice d’évaluation d’impact du dialogue chercheurs-décideurs a conduit à dégager quelques suggestions de nature à améliorer le cadre de concertation entre chercheurs et décideurs dans ledit domaine.
La présente étude vise à analyser l’état des lieux de la recherche (I) afin de circonscrire le panorama des politiques/programmes publics (II) sectorielles. L’analyse du dialogue entre chercheurs et décideurs dans le secteur des ressources naturelles et de l’environnement (III) conduira également à un examen adéquat des facteurs déterminants (IV) en vue de dégager les pistes de recommandations (V) pour une amélioration synergique de l’exercice des activités de recherches et de prise de décisions notamment en ce qui concerne le domaine des ressources naturelles et de l’environnement.
I. ETAT DES LIEUX DE LA RECHERCHE
La gestion durable des ressources naturelles apparaît aujourd’hui comme une notion qui s’appuie non seulement sur les savoirs bioécologiques, mais davantage, sur des contraintes sociales, politiques, économiques, culturelles et réglementaires diverses. En effet, ces dernières semblent considérablement influencer les modalités d’exploitation des ressources naturelles. Pour prévenir ou faire face aux effets néfastes liés à la modification de l’environnement, l’idéal serait que la gestion des ressources naturelles fasse appel à la collaboration des savoirs où différents aspects politiques, socioéconomiques, écologiques… doivent être pris en compte. Ces nouveaux objectifs managériaux des ressources naturelles et de l’environnement mettent la recherche en avant-garde dans la promotion de nouvelles techniques et outils de développement durable.
I.1- Un aperçu des travaux de recherches
Sur la base de l’enquête menée sur le terrain, les travaux de recherches dans le domaine des ressources naturelles et de l’environnement peuvent être perçus sous deux angles notamment typologique et sectoriel.
I.1.1- Typologie des travaux de recherche
Bien qu’il apparaisse moins exploré, il existe des travaux de recherche dans le domaine des ressources naturelles et de l’environnement. Ces travaux proviennent soit de la recherche fondamentale ou de la recherche appliquée. Par ailleurs, la recherche peut être perçue comme un ensemble d’activités tendant à la découverte de nouvelles connaissances, méthodes, techniques ou produits pour l’amélioration de la condition humaine. La recherche scientifique regroupe à la fois la recherche fondamentale et la recherche appliquée.
La recherche fondamentale
La recherche fondamentale est à l’origine des découvertes élargissant le champ des connaissances scientifiques. Elle n’est pas préalablement motivée par un besoin déterminé mais peut, de manière générale conduire à la résolution d’un problème quelconque. Elle comprend également tous les travaux d’adaptation, de mise au point, d’essais et de révision de prototype. C’est la phase de pré industrialisation et la phase initiale de l’innovation.
Au Cameroun, la production et la gestion de la recherche fondamentale sont assurées par les services centraux des ministères, les laboratoires des centres de recherche et les départements universitaires. La collaboration avec le Minresi et ses structures de recherches est codifiée dans les textes organiques et les accords particuliers ; mais son effectivité n’est pas évidente du fait de l’inexistence d’un cadre formel du dialogue entre les acteurs de la recherche fondamentale et des décideurs.
b. la recherche appliquée
La recherche appliquée est une procédure interdisciplinaire visant à définir une politique optimale de gestion pour atteindre les objectifs fixés. Elle semble plus axée sur le développement parce qu’elle est un aspect de la recherche scientifique qui est orientée vers l’application pratique puisque correspondant à un besoin spécifique. Cette démarche consiste à élaborer un modèle du système à gérer grâce auquel on peut calculer et comparer les résultats de décisions ou stratégies alternatives. Les objectifs arrêtés peuvent porter sur une ou plusieurs périodes de gestion et l’approche est essentiellement pragmatique. Ses produits sont notamment des analyses qui se présentent sous forme des études, des consultations… Le financement de la recherche appliquée peut être privé et/ou public dans les économies de marché.
Au Cameroun, ce financement est davantage l’œuvre de l’Etat et des partenaires techniques et financiers nationaux et internationaux. En réalité, face à une impasse, le décideur ou le partenaire peut solliciter par appel d’offre l’expertise d’un chercheur qui peut être externe ou interne. Pour ce qui est du domaine des ressources naturelles et de l’environnement, la nature externe et/ou interne du chercheur est recherchée en fonction des différentes sources de financement. Ainsi, le choix d’un chercheur externe se pose la plus part de temps comme une conditionnalité essentielle du financement d’un projet ou d’une étude par les bailleurs.
I.1.2- Aperçu sectoriel
Il est question ici d’évaluer le degré d’exploration pour chacun des sous secteurs du domaine des ressources naturelles et de l’environnement. En effet, il ressort de la collecte et de l’analyse des informations que le sous secteur de l’environnement est plus exploré eu égard au nombre des travaux y effectués. Cette prédilection sectorielle axée sur l’environnement se justifie largement par le caractère englobant de ce sous secteur. Les recherches géographique, faunique, hydrologique… apparaissent ainsi relever du domaine de l’environnement. Par ailleurs, les recherches sur les ressources naturelles en général et des minerais en particulier sont fonction des besoins exprimés notamment en termes de motivation et de détermination de nouveaux indices miniers.
I.2- Les motivations des chercheurs
La motivation peut être définie comme un ensemble des causes conscientes ou non à l’origine d’un comportement individuel. Si les théories psychologiques distinguent la motivation primaire[1] de la motivation secondaire[2], le psychologue américain Abraham MASLOW (1900-1970) propose une hiérarchie pyramidale des motivations. Celle-ci détermine le comportement humain, en y rattachant les besoins de sécurité, d’amour et de sentiment d’appartenance, de compétence, de prestige et de considération, d’accomplissement de soi, de curiosité et de compréhension. Les motivations des chercheurs dans le domaine des ressources naturelles et de l’environnement sont ainsi loin de s’opposer à cette pyramide hiérarchique proposée par Abraham MASLOW. Ainsi, si les prestiges financier et promotionnel semblent être les principales motivations des chercheurs camerounais en général, il est important de noter l’existence d’un souci de compétence, d’accomplissement de soi et d’impulsion du développement social durable notamment pour ce qui est des acteurs de la recherche fondamentale. Par souci de la recherche fondamentale, il est également nécessaire de rappeler la corrélation existant entre les objectifs de la recherche en général et les stratégies de vulgarisation des résultats de celle-ci.
I.3- Les canaux de diffusion des résultats
La vulgarisation des résultats des recherches scientifiques est un processus ou un acte de diffusion dans le grand public de savoirs scientifiques spécialisés, fondés en particulier sur l’adaptation de notions spécifiques et de connaissances techniques afin de les rendre compréhensibles aux non-spécialistes. Au Cameroun, si les produits de la recherche semblent davantage être présentés dans une diversité de supports (mémoires, thèses, revues spécialisées, journaux locaux ou internationaux, etc.), il existe en outre plusieurs autres canaux de diffusion :
1.3.1 Les médias et TIC
Les médias et les techniques de l’information et de la communication constituent un des principaux moyens de diffusion de l’information. Le choix de s’adonner aux activités de vulgarisation des résultats de recherches est une contrainte scientifique qui a pour finalité la considération de ces derniers dans les prises des décisions publiques ou privées. Les résultats des recherches sont publiés à travers les émissions radio télévisées, sur les sites Internet, dans les journaux et revues spécialisées.
1.3.2. Les publications
Ce canal est plus utilisé par les chercheurs individuels et est davantage un outil de promotion des acteurs de la recherche fondamentale jugés sur cette base. En réalité la publication peut être comprise comme l’action de publier ou de faire paraître un texte, un ouvrage ou un document pour un large public.
1.3.3. Les campagnes de sensibilisation
La sensibilisation est une action destinée à éveiller l’attention ou à susciter l’intérêt d’une personne ou d’un groupe de personnes. On parlera ainsi d’un programme de sensibilisation à la protection de l’environnement, de la nature, etc. En effet, il faut admettre que la sensibilisation résulte soit d’une décision, d’une enquête, d’une étude ou d’une recherche faite dans un domaine donné. L’objectif ici est celui de mettre les résolutions ou les recommandations qui en découlent à la disposition du public.
1.3.4. Les séminaires, fora, symposium et les journées portes ouvertes
Certains résultats de la recherche ont pour supports de diffusion l’organisation des séminaires, des ateliers, des fora, des symposiums et même les journées portes ouvertes. L’objectif poursuivi dans ce cadre est celui d’élargir la cible visée ou pouvant bénéficier desdits résultats. C’est également dans ce cadre qu’un atelier d’information et de sensibilisation des chercheurs sur la propriété intellectuelle a été organisé en mai 2006, à Yaoundé par le Ministère de la recherche et de l’innovation en collaboration avec l’Organisation Mondiale de la propriété intellectuelle, l’Organisation Africaine de la propriété intellectuelle, l’Organisation des Nations Unies pour la science et la culture et l’organisation mondiale de la santé.
1.3.5. Les canaux du Ministère de la recherche scientifique de l’innovation
Dans le cadre de l’accomplissement de ses misions d’élaboration, de la mise en œuvre et de l’évaluation de la politique gouvernementale en matière de la recherche scientifique et de l’innovation, le Minresi dispose d’une division de la valorisation et de la vulgarisation des résultats de recherche chargée de :
– l’élaboration et du suivi de la mise en Å“uvre de la politique nationale de la valorisation et de la vulgarisation des résultats de recherche, en liaison avec les administrations concernées ;
– l’élaboration et du suivi de la gestion de la politique de propriété intellectuelle relevant du système national de recherche et d’innovation, en liaison avec les administrations concernées ;
– l’élaboration des mécanismes de cession des résultats de recherches et d’innovation ;
– l’élaboration des stratégies de mise en valeur des innovations résultantes des travaux de recherche ;
– de la réalisation des études de référence en matière de valorisation et de vulgarisation des innovations ;
– la diffusion de l’information scientifique et technique ;
– la définition des mesures visant à favoriser la mobilité des chercheurs scientifiques et des chercheurs technologues en liaison avec les administrations concernées ;
– la coordination et du suivi des académies des sociétés savantes et des associations scientifiques ;
– etc.
1.3.6. Les canaux de l’enseignement supérieur
Ici, la recherche est effectuée localement ou en collaboration avec des organismes où des laboratoires. Les résultats issus de ces recherches font l’objet de publications régulières dans de revues spécialisées nationales et internationales. Par ailleurs, la diffusion des résultats de certaines recherches peut être faite par les partenaires techniques et financiers impliqués. Les bibliothèques, les centres de lectures et de documentations universitaires, etc. font également partie des canaux de vulgarisation des produits de la recherche de l’enseignement supérieur.
1.3.7. Le canal hiérarchique
Le canal hiérarchique est plus utilisé par les institutions de recherche publiques telles que l’Institut de Recherches Géographique et Minier (IRGM) ; le Comité National de Développement des Technologies (CNDT), la Mission de Promotion des Matériaux Locaux (Minpromalo), l’Institut de Recherche Agricole pour le Développement (IRAD), etc. Ici, l’information ou les résultats de recherches sont diffusées à travers un circuit hiérarchique de l’amont vers l’aval pour une implication des résultas dans l’élaboration des stratégies et politiques, objets d’une approbation future par le décideur ; ou de l’aval vers l’amont pour des besoins d’information en vue d’une éventuelle prise de décisions. A coté de la diffusion hiérarchique des résultats, il y a lieu de noter la tenue des réunions interministérielles afin de mettre les résultats des recherches des différents domaines à la disposition des départements ministériels respectifs. Par le biais de ce canal, le Minresi se présente comme le creuset des informations à vulgariser.
A coté de ces canaux, il existe également des fichiers techniques sectoriels où les résultats sont diffusés par secteur. La limite dans ce cadre réside dans la spécificité des résultats diffusés.
II. UN PANORAMA DES POLITIQUES/PROGRAMMES PUBLIQUES SECTORIELLES
II.1- Programme National de gestion de l’environnement (PNGE)
Le PNGE est un document sectoriel qui réunit les éléments sectoriels d’analyse et de stratégies en matière de l’environnement. Son objectif est de développer des politiques, des stratégies et actions pour la protection de l’environnement et la gestion rationnelle des ressources en vue de contribuer au développement durable. C’est dire que les analyses sectorielles ne prennent en compte que les aspects spécifiques à l’environnement et à la gestion rationnelle des ressources, mais elles ne peuvent se substituer à une analyse générale du secteur ni développer des politiques et des stratégies qui concernent la dimension globale économique et technique du secteur concerné.
En effet, sur plan institutionnel, il faut relever la multiplicité des interventions gouvernementales régies par le PNGE au regard des rôles joués par la forêt dans la préservation de la qualité de l’environnement, dans la vie des populations, dans l’occupation de l’espace territorial et dans l’économie nationale. Ainsi, les institutions gouvernementales qui interviennent ou influencent la gestion du secteur des ressources naturelles et de l’environnement sont entre autres :
– le ministère de l’environnement de la protection de la nature ;
– le ministère des mines, de l’industrie et du développement technologique ;
– le ministère de l’eau de l’énergie ;
– le ministère de la forêt et de la faune ;
– etc.
Cette multiplicité est de nature à susciter des conflits de compétence. C’est par exemple le cas de la société nationale des hydrocarbures vis-à -vis du ministère des mines, industrie et du développement technologique et du ministère de l’eau et de l’énergie ; l’Institut de recherche géologique et minière (IRGM) vis-à -vis du Ministère de la recherche et de l’innovation et du Ministère des Mines, de l’industrie et du développement technologique. Il faut relever que cette multiplicité n’est pas de nature à faciliter le dialogue entre les chercheurs et les décideurs de ces institutions d’une part et entre les différents décideurs d’autre part.
Par ailleurs, dans le cadre de la mise en place du PNGE, plusieurs rapports d’inventaires et d’évaluations des programmes de recherche qui tiennent compte des considérations de l’environnement ont été élaborés. L’objectif étant celui de vérifier la conformité scientifique et technique des projections et des réalisations dans chacun des départements ministériels. Aussi, il y a lieu de signaler que ces évaluations se présentent comme des mesures préalables de la mise en place des PNGE spécifiques à chaque département ministériel qui devront prendre en compte les plans d’action relatifs.
De manière générale, les institutions compétentes en matière des ressources naturelles et de l’environnement semblent encore très jeunes et peu organisées. Cette jeunesse justifie en partie la non maîtrise du domaine et le peu de compétences éprouvés par certains décideurs du secteur, notamment dans la considération des résultats de recherche pour les prises de décisions.
II.2- Le Programme Sectoriel Forêt Environnement (PSFE)
Le Cameroun a adopté en 1993 une Nouvelle Politique Forestière, codifiée par la Loi forestière en 1994. Cette politique consacre les principes novateurs et ambitieux tels que : l’aménagement durable des forêts de production, la conservation de la biodiversité, la participation des populations locales et l’amélioration de la gouvernance. Elle est en parfaite cohérence avec les orientations internationales (Sommet de Rio, Sommet des Chefs d’Etats de Yaoundé) et la stratégie nationale de lutte contre la pauvreté (DSRP).
La définition d’un programme-cadre pour le secteur forêt environnement est apparue impérative pour harmoniser les interventions et rationaliser l’utilisation des ressources tant humaines et financières mobilisables que naturelles et environnementales. Lancée en 2001, la préparation du PSFE a été menée selon un processus participatif et itératif basé sur des études techniques approfondies et des consultations avec les différents acteurs nationaux et provinciaux du secteur.
Le PSFE a été ainsi conçu pour apporter un appui aux départements ministériels en charge de la mise en œuvre de la politique forestière, à savoir le Ministère des Forêts et de la Faune et le Ministère de l’Environnement et de la Protection de la Nature pour ce qui concerne les questions liées à l’environnement vert. Il se structure sur les Programmes de Travail Annuels (PTA) élaborés et mis en œuvre par les deux Ministères et leurs services, tant au niveau central que décentralisé. Ainsi toutes les activités du PSFE sont inscrites dans les programmes de travail des deux ministères et sont financées par les budgets de ces ministères qui ont été augmentés en conséquence, via l’appui budgétaire accordé par les partenaires au développement. L’objectif global du PSFE est de pérenniser les fonctions économiques, écologiques et sociales de l’ensemble des écosystèmes forestiers du Cameroun à travers une gestion durable de leurs ressources forestières et fauniques.
L’élaboration du PSFE est régie par des conventions et procédures sectorielles conformément aux canevas nationaux ou internationaux préétablis. Elle vise à fixer l’exploitation forestière par une programmation dans l’espace et dans le temps. La finalité de cette initiative est une récolte équilibrée et soutenue des produits sylvicoles. L’élaboration du PSFE est fonction des résultats des recherches faites dans différents domaines notamment : les études du milieu naturel, géographique, du sol, du sous sol, les calculs de la possibilité forestière, etc. Mais, il faut signaler que le niveau de ces résultats semble encore insuffisant du fait d’une part, de la non maîtrise de certains résultats dissimulés par les chercheurs, d’autre part de la complexité du secteur des ressources naturelles et de l’environnement et de l’inaccessibilité des chercheurs à certaines informations et données.
III. DIALOGUE CHERCHEURS DECIDEURS DANS LE SECTEUR DES RESSOURCES NATURELLES ET DE L’ENVIRONNEMENT
Le dialogue est une communication entre deux ou plusieurs personnes ou groupe de personnes sur un sujet déterminé. En ce qui concerne le secteur des ressources naturelles et de l’environnement, il apparaît comme l’articulation des échanges entre des acteurs individuels ou groupes d’acteurs agissant dans des domaines différents mais complémentaires, l’objectif étant de mettre en commun les efforts et les expériences dans le cadre d’un développement socioéconomique durable. Dans ce sens, le dialogue chercheurs-décideurs appelle non seulement à l’échange des informations et connaissances dans l’élaboration des thèmes de recherches et la prise de décisions gouvernementales, mais aussi dans l’intégration des principes d’un bon système de gouvernance publique dans un cadre institutionnel et réglementaire bien déterminé.
III.1- Etat des lieux
La problématique du dialogue entre chercheurs et décideurs dans le domaine des ressources naturelles et de l’environnement invite à s’interroger sur les différents comportements de méfiance ou de sécurisation adoptés par chacun des acteurs. En effet, il règne presque en permanence un climat malsain de méfiance entre les chercheurs et les décideurs. Les deux camps développent réciproquement des suspicions et des perceptions antagonistes.
La plupart des décideurs trouvent que les chercheurs se sous-estiment et se nivellent vers le bas. Ils jugent leurs recherches déconnectées des réalités politiques et quotidiennes. Pour ces derniers, les chercheurs sont des spéculateurs qui cachent les résultats de leurs recherches dans les tiroirs en attendant le plus offrant. Tandis que les chercheurs se méfient de la ruse des hommes politiques capables de tout. En effet, il est possible que ces derniers détournent certains résultats de recherche au profit d’un tiers.
Pour le chercheur, le décideur a un énorme potentiel de corruption et ne mérite aucune confiance notamment en ce qui concerne les résultats de recherches. En réalité, il est à remarquer que les décideurs disposent pour la plupart, des bureaux d’études personnels où ces résultats sont le plus souvent détournés et reformulés au détriment des principaux auteurs. Cette situation de méfiance réciproque est davantage aggravée par l’absence d’un cadre formel de concertation chercheurs-décideurs.
III.2- Les cas d’appropriation
On parle d’appropriation quand les résultats d’une initiative privée et/ou individuelle sont adjugés par un décideur public ou privé en cas de besoin relatif à une prise de décision éventuelle. En effet, il existe différents cas d’appropriation en fonction des sources des résultats de recherche. On retrouve ainsi l’appropriation externe et l’appropriation institutionnelle.
L’appropriation externe est la situation où les résultats des recherches individuelles menées par les chercheurs privés sont pris en compte par les décideurs. Quant à l’appropriation institutionnelle, elle intervient lorsque les résultats des recherches sont systématiquement adoptés par les institutions concernées.
Si l’état du dialogue dans ce cadre semble davantage se justifier par l’intérêt porté aux résultats de recherches, il apparaît aussi que l’appropriation de certains résultats par les décideurs est fonction des affinités et de la notoriété liés aux chercheurs. En effet, on peut remarquer qu’une grande proportion des initiatives privées appropriées par les décideurs est l’œuvre des chercheurs-consultants ou chercheurs-cadres d’appuis dans les institutions bénéficiaires de cette appropriation. Il en est ainsi des résultats de recherches académiques ayant servi à la rédaction des normes environnementales où l’auteur des résultats était en même temps cadre d’appui au ministère de l’environnement et de la protection de la nature et responsable de la rédaction desdites normes.
III.3- les cas de réappropriation
Dans le cadre du dialogue entre chercheurs et décideurs du domaine de la bonne gouvernance du secteur des ressources naturelles et de l’environnement, la notion de réappropriation peut s’entendre comme une circonstance où les décideurs s’emparent des résultats de recherche préalablement sollicités d’un chercheur individuel ou d’une institution de recherche. Au Cameroun, cette concertation chercheurs-décideurs est plus publique ; car relevant la plupart de temps des institutions publiques.
En réalité, face à une impasse sociale ou politique, le décideur peut formuler ou solliciter l’élaboration des termes de références (TDR) d’un expert dans un domaine précis. Les TDR sont par la suite mis à la disposition des chercheurs par appel d’offre, ou par des contrats de gré à gré. C’est sur cette base que les résultats qui en découlent sont renvoyés aux décideurs en guise de réponse à un problème préalablement posé. Cette forme d’appropriation est plus observée dans le secteur public pour les projets financés sur le budget de l’Etat. Par contre, lorsqu’un projet est financé par les partenaires financiers nationaux ou internationaux, les chercheurs sollicités pour une telle offre sont privés. Ce recours vers les chercheurs indépendants semble garantir la transparence, la lisibilité, l’efficacité et même l’efficience des résolutions attendues.
III.4- Les cas de non (ré) appropriation
Pour ce qui est des recherches menées par les institutions publiques, le problème du dialogue entre les chercheurs et les décideurs semble moins se poser, mais n’existe davantage qu’entre les décideurs eux mêmes. En effet, on peut distinguer deux types de décideurs :
– Les décideurs des domaines de recherche : il s’agit entre autre du ministre de la recherche scientifique et de l’innovation, des directeurs et hauts responsables des institutions publiques chargées de la recherche. Ces derniers ont en plus de leurs missions d’élaboration des résultats et d’aménagement de l’environnement de la recherche, la tâche de vulgarisation des résultats de recherche produits par les chercheurs de leurs institutions.
– Les décideurs utilisateurs des résultats de recherches : ce sont les principaux utilisateurs de résultats de la recherche mis à leur disposition par les décideurs suscités pour des prises de décisions.
Ainsi, si les résultats disponibles et nécessaires à une prise de décision ne sont pas connus par certains décideurs, c’est effectivement du fait de l’absence de concertation entre les différents décideurs producteurs des résultats et ceux les utilisant. Par ailleurs, il existera toujours des débouchés pour des bonnes études et recherches où la problématique a été clairement posée. Il en est de même de la non réappropriation des résultats qui semble largement se justifier par ce déficit de dialogue chercheurs-décideurs.
IV. LES FACTEURS DETERMINANTS
L’exercice visant à améliorer le cadre de concertation entre chercheurs et décideurs nous conduira respectivement à l’identification et à l’analyse des facteurs favorables (IV.1), puis des facteurs défavorables (IV.2) en vue d’en déduire une formulation convenable des suggestions.
IV.1- Les facteurs favorables
Les facteurs favorables au dialogue chercheurs décideurs se présentent comme tout préposé qui privilégie ou pourrait positivement aider à l’aménagement d’un cadre de conversation des deux acteurs sus évoqués. En effet, la contribution de chaque facteur donne lieu à une intensification des effets des résultats de recherches sur les prises des décisions et par ricochet sur l’essor socioéconomique. IL est indéniable de nos jours d’admettre que le secteur des ressources naturelles et de l’environnement contribue pour une grande proportion au financement des activités socioéconomiques à travers le budget public ; et que la recherche concourt efficacement et durablement à l’amélioration du bien-être social dont conséquemment au développement. Dans le cadre de cette étude, les facteurs favorables au dialogue chercheurs/décideurs ont été identifiés en fonction des cas d’appropriation et de réappropriation :
IV.1.1- Cas d’appropriation
a- l’existence d’un ministère chargé de la recherche scientifique et de l’innovation
Restructuré par le décret N° 2005/090 du 29 mars 2005 portant organisation du ministère de la recherche scientifique et de l’innovation, le Minresi est un département ministériel chargé de la mise en œuvre et de l’élaboration des politiques et stratégies gouvernementales en matière de la recherche au Cameroun. Il est une institution de relais pour l’administration publique en général et singulièrement pour les départements ministériels oeuvrant dans le domaine de la recherche. En effet, grâce au
Minresi, la relance des activités de recherche et la vulgarisation complète des résultats qui en découlent sont aujourd’hui une réalité envisageable.
L’existence du Minresi auprès des autres départements ministériels est un facteur favorable pour les chercheurs eu égard au rôle de courroie de transmission des résultats de recherches qu’il incarne auprès des différentes cibles d’exploitation.
b- l’existence des organismes en charge de la propriété intellectuelle au Cameroun
Au rang de la protection des résultats des recherches, il existe des organismes de la propriété intellectuelle aux niveaux national, régional et mondial en occurrence l’Organisation Africaine de la propriété intellectuelle (l’OAPI), l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI). Ces derniers protègent les fruits des études des chercheurs en général et des chercheurs individuels singulièrement. Cette mesure conservatrice des résultats de recherche semble sécuriser et motiver les initiatives des chercheurs et protéger celles-ci contre toute contrefaçon tant que les conditions d’exploitation et de divulgation n’ont pas été remplies. Toute chose qui constitue une opportunité de repérage des auteurs.
c- l’environnement règlementaire de la recherche et le statut des chercheurs
Plusieurs textes (décrets, lois, règlements, conventions, accords…) réglementent la recherche, les ressources naturelles et l’environnement au Cameroun :
– La loi N° 96/12 DU 05 Août 1996 portant loi cadre relative à la gestion de l’environnement au Cameroun
Au Cameroun, l’environnement constitue un patrimoine commun national qui intègre une partie du patrimoine universel. Sa modification et sa gestion irrationnelle sont susceptibles d’engendrer des coûts non négligeables sur la vie humaine. A cet effet le gouvernement camerounais a élaboré des stratégies, plans ou programmes nationaux tendant à assurer la conservation et l’utilisation durable des ressources naturelles et de l’environnement dans le cadre de la loi cadre.
– La loi N°98-005 du 14 avril 1998 portant régime de l’eau au Cameroun
Elle fixe dans le respect des principes de gestion de l’environnement et de la protection de la santé publique, le cadre juridique général du régime de l’eau au Cameroun ;
– Le décret N°95/531/PM du 23 Août 1995 fixant les modalités d’application du régime des forêts
– La convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (1992) ;
– La convention internationale sur la lutte contre la désertification dans les pays gravement touchés par la sécheresse et/ou la désertification, en particulier en Afrique ;
– La convention sur la diversité Biologique (juin 1992), où les signataires affirment l’importance de la diversité biologique pour l’évolution et la préservation des systèmes qui entretiennent la biosphère. En effet, la diversité biologique présente des valeurs intrinsèques et diversifiées de ses éléments constitutifs sur les plans environnemental, génétique, social, économique, scientifique, éducatif, culturel, récréatif et esthétique.
– Etc.
Ce cadre règlementaire peut impulser le dialogue entre chercheurs/décideurs. Les lois sur la décentralisation en cours ont pour objectifs de rapprocher les gouvernés des gouvernants pour une participation plus accrue des différents acteurs au développement, préalable nécessaire à l’éclosion d’une bonne gouvernance. La diversité réglementaire se justifie également par l’existence d’autres textes relatifs à la bonne gouvernance, la lutte contre la pauvreté et la corruption.
Pour ce qui des lois sur la décentralisation, elles ont comme volet principal la participation et l’émergence sociale. Il en est de même pour ce qui est des textes et décrets relatifs à la bonne gouvernance, la lutte contre la pauvreté, la corruption… dont la finalité commune est la transparence et la réduction d’asymétrie de l’information. Si cette diversité réglementaire traduit un environnement propice à l’essor du dialogue chercheurs/décideurs, ce dernier connaît encore nombre d’impasses de nature à limiter l’utilisation des résultats de recherche et la mise en œuvre de la bonne gouvernance.
IV.1.2- Cas de réappropriation
a- La bonne gouvernance
La bonne gouvernance peut être perçue de manière générale comme l’exercice des pouvoirs économique, politique et administratif pour une gestion optimale des affaires d’un pays à tous les niveaux. Elle se présente de nos jours comme un des éléments essentiels du développement socioéconomique, d’autant plus qu’elle est un concept pluridisciplinaire qui touche l’ensemble des piliers du développement durable tel que l’économie, l’environnement, la politique, le droit, et le développement social. C’est dire que la bonne gouvernance s’affirme de nos jours comme une contrainte incontournable de bonne gestion de tous les secteurs de l’activité humaine. Ainsi, pour ce qui est du domaine des ressources naturelles et de l’environnement, les principes de bases de la gouvernance tel que la transparence, l’accountability, etc., sont de nature à renforcer l’efficacité et l’efficience des prises de décisions.
Par ailleurs, le niveau réduit des études faites dans le sous-secteur des ressources naturelles comparativement à celui de l’environnement traduit l’inaccessibilité des chercheurs aux données statistiques de ce domaine. Ce déficit d’information est tributaire d’une mauvaise gouvernance eu égard au manque de transparence qui y prévaut. C’est en effet par le truchement d’une bonne gouvernance que l’on peut promouvoir une utilisation rationnelle des ressources naturelles et conséquemment la protection de la nature et de l’environnement.
Parallèlement, on peut unanimement reconnaître que la prospérité d’une nation dépend largement de la maîtrise de son environnement et de sa nature. Or cette maîtrise n’est envisageable qu’à travers la recherche, les innovations et la prise en compte des résultats par les centres de décision. Il en résulterait ainsi une synergie vertueuse entre les milieux de la recherche et de prise de décision dont l’impact serait largement favorable à l’émergence sociale.
b- La démocratie
Pour ce qui est de la démocratie, elle est un régime politique où la souveraineté est une Å“uvre populaire ou encore une gouvernance du peuple par le peuple et pour le peuple. Le régime démocratique est fondé sur le principe de la souveraineté et appartient à l’ensemble des citoyens, soit directement (par référendums) soit indirectement par l’intermédiaire de ses représentants élus[3]. Elle traduit ainsi l’existence d’une pluralité d’opinions et d’égalisation des choix dans un contexte de changements sociaux précis. C’est dire que la démocratie incarne un souci collectif des initiatives empreint de critiques des stratégies et régimes en place. C’est d’ailleurs cette liberté idéale d’expression qui caractérise l’originalité de la recherche.
Selon Alexis de Tocqueville, la démocratie peut contribuer à la révolution de certains secteurs tel que celui des ressources naturelles et de l’environnement[4], mais, il s’avère qu’elle craint la révolution. Cette pensée justifie non seulement la dissimulation manifeste des informations par « les décideurs », mais aussi entrave le rôle fondamental d’une parfaite concertation entre acteurs de ce secteur. La démocratie dans ce sens serait un médiateur communicationnel entre les décideurs et les chercheurs. Elle exigerait ainsi que les grandes libertés soient reconnues : liberté d’association, liberté d’expression, liberté de presse et même une transparence des faits publics.
c- La volonté politique
En ce qui concerne les volontés politiques de la réappropriation des résultats de recherches, il convient de souligner que les programmes et chantiers institutionnels de la recherche en général et du secteur des ressources naturelles et de l’environnement en particulier, sont (ou en vue d’être) mis en place dans la continuité de la dynamique impulsée depuis quelques années. C’est d’ailleurs dans cette optique que le Président de la République a réaffirmé le souci du Gouvernement à continuer à mettre en œuvre sa politique de recherche dans un contexte de dialogue avec les chercheurs notamment les enseignants et les étudiants. Ces volontés s’inscrivent dans une mouvance de modernisation et de performance des mesures relatives à la gestion durable et rationnelle de l’environnement.
Conjointement à ces volontés, il existe un arsenal d’éléments et mesures incitatives de la recherche au Cameroun. Il s’agit en effet des décrets et textes fixant des modalités de réalisation des études d’impact environnemental, des arrêtés définissant le contenu général des termes de référence des études d’impact environnemental, des primes de recherche, les mesures de la coopération.
1- Le décret N° 2005/0577/PM du 23 Fev.2005 fixant les modalités de réalisation des études impact environnemental
L’étude d’impact environnemental s’entend comme un examen systématique en vue de déterminer si un projet a ou non un effet défavorable sur l’environnement. Elle peut être sommaire ou détaillée et s’applique à l’ensemble du projet envisagé et non à une fraction de celui-ci. L’étude d’impact environnemental est un élément essentiel de mise en place ou de continuité d’un projet susceptible d’avoir des effets néfastes sur l’environnement.
2- L’arrêté N°00001/MINEP du 12 Fev.2007 définissant le contenu général des termes de référence des études d’impact environnemental
L’arrêté définissant le contenu général des termes de référence des études d’impact environnemental quant à lui, présente les éléments constitutifs de tous les termes de référence ainsi que leur méthodologie d’élaboration.
3- La prime de recherche
La prime de recherche se définit comme une forme de subvention destinée à encourager ou à impulser le développement de l’activité de recherche qu’elle soit publique ou non. C’est également une forme de rémunération incitative ou stimulante qui a pour finalité la motivation de l’acteur chercheur et l’intensification de l’activité de recherche. La prime de recherche comme base de motivation des chercheurs constitue un facteur non négligeable du dialogue chercheurs-décideurs, car elle se présente comme le fondement des résultas à mettre à la disposition des décideurs par les chercheurs. S’il faut noter que la prime de recherche a connu une évolution au Cameroun, son niveau et sa fréquence paraissent encore très faibles pour promouvoir une motivation impulsive à la recherche. Ainsi, la mise sur pied progressive d’une stratégie de motivation pour les chercheurs oeuvrant dans les secteurs moins explorés tel que celui des minerais semble avoir des effets incitatifs sur les chercheurs.
4- La coopération
Au Cameroun, le programme synergie et mutualisation vise à développer à travers des coopérations interuniversitaires et interinstitutionnelles nationales ou internationales, des alliances qui conduiront à une véritable communauté scientifique nationale et internationale. Ce programme implique la mobilité des enseignants, des étudiants consultants, la constitution des réseaux et l’organisation des manifestations scientifiques autour des problématiques posées par les décideurs. Mais dans ce cas, il faudrait dégager des moyens d’organisation de cette mobilité et de planification des actions de recherches.
Toujours dans le secteur des ressources naturelles et de l’environnement, la BAD, le WWF, le PNUD et d’autres organismes des Nations Unies offrent une coopération soutenue au Cameroun. Il en est de même du parrainage et du partenariat des organisations non étatiques nationales et internationales qui offrent des appuis considérables au secteur.
IV.2- Facteurs défavorables
L’état du dialogue entre chercheurs et décideurs au Cameroun peut être perçu comme l’un des facteurs limitatif de la recherche et explicatif de la pauvreté en général, eu égard au rôle novateur de cette activité investigatrice. En effet, la gouvernance dans les secteurs de l’environnement et des ressources naturelles souffre encore de diverses entorses dont la plus visible a trait à l’absence d’une plate forme de dialogue entre chercheurs et décideurs
IV.2.1- Cas de non (ré) appropriation
a- Cas de non appropriation
– L’éviction des jeunes chercheurs par les chercheurs seniors.
Le comportement de méfiance sus évoqué entre les chercheurs et les décideurs se fait également observer entre les différents groupes de chercheurs. En effet, on observe deux groupes de chercheurs : les chercheurs juniors et les chercheurs seniors. Les chercheurs juniors sont ceux qui font leurs premiers pas dans le domaine de la recherche. Ils constituent une base fondamentale de la recherche puisque prospectant toutes les informations disponibles à la base. Les chercheurs seniors ou anciens chercheurs quant à eux, nantis d’expériences professionnelles avérées, sont ceux qui ont atteint un niveau de perfection et de notoriété dans le domaine.
Le comportement de méfiance ici relève du fait que les seniors utilisent les juniors pour leur promotion personnelle. Ainsi, les chercheurs seniors s’approprient les résultats de recherches des chercheurs juniors pour leurs propres publications au détriment de ces derniers. Cette exploitation est un facteur limitant à l’émergence sociale des chercheurs juniors, l’objectif visé étant celui de l’anéantir en vue de le conserver sous soi.
La maîtrise de cet égocentrisme du chercheur senior par les chercheurs juniors conduit à l’adoption d’un comportement de méfiance de ces derniers qui préfèrent dissimuler les résultats de leurs recherches pour des fins pécuniaires. Cette situation conduit également à la fuite des cerveaux en quête des conditions de travail plus humaines et d’un avenir meilleur.
– La pro activité limitée des décideurs et leur inaccessibilité
Le dialogue entre chercheurs et décideurs semble également limité par l’inaccessibilité des décideurs. En effet, les décideurs sont moins pro actifs. Ils vont moins à la quête des informations et de résultats des travaux des chercheurs à utiliser dans les prises de décisions. Il existe ainsi un fossé entre les chercheurs et les décideurs qui ne facilite pas leur rencontre. Cette opacité entre les deux camps accentue le manque de fluidité des échanges d’expériences, des besoins, des résultats et d’informations en général.
– La qualité et la nature des résultats
Dans ce volet, si les résultats de certaines études ne sont pas considérés lors des prises des décisions politiques, c’est par ce qu’ils sont peu précis, parfois inopérationnels et non adaptés aux besoins des décideurs. En effet, il y a lieu de relever que l’utilisation des résolutions issues des travaux des chercheurs semble limitée du fait du caractère approximatif des résultats produits qui n’intègrent pas toujours les programmes et les stratégies sectorielles préétablis.
b- Cas de non réappropriation
La non considération des résultats préalablement sollicités par les décideurs est une situation rare dans le cadre du dialogue chercheurs-décideurs du secteur des ressources naturelles et de l’environnement. En effet, il est peu plausible de rencontrer des cas où les résultats initialement incités par un décideur pour une prise de décision, ne soit pas considérés par celui-ci. Malgré cette rareté de cas, il est néanmoins nécessaire de relever que la réappropriation des résultats peut être limitée par l’absence d’un cadre formel de concertation chercheurs et décideurs, et la non continuité des actions administratives du fait des multiples mutations aux postes de responsabilités. C’est ainsi que certains décideurs recourent aux chercheurs indépendants dans un cadre purement informel pour des besoins précis de leurs départements ministériels. Il en est de même pour un décideur muté dont les résultats de recherche par lui initiés ne sont pas pris en compte par les nouveaux venus.
IV.2.2- Autres facteurs défavorables
Les autres facteurs défavorables sont ceux qui limitent concomitamment les cas d’appropriation et de réappropriation. Il s’agit notamment des fuites de cerveaux, de l’asymétrie de l’information, du manque de financement et de culture du dialogue.
a- La fuite des cerveaux
Autrefois expliquée par des raisons politiques, la fuite de cerveaux apparaît aujourd’hui largement justifiée et renforcée par des raisons socioéconomiques. En effet, on entend par fuite de cerveaux, la migration de la ressource humaine qualifiée pour un autre pays dit pays d’accueil. Pour le cas du Cameroun, ces pays d’accueil sont principalement les pays d’Europe, les Etats-Unis d’Amérique et récemment les pays d’Asie et d’Amérique latine. La dévalorisation de la profession intellectuelle, la précarité des conditions de travail et des frustrations politiques liées au niveau de la démocratie sont essentiellement quelques causes politico-économiques de ces fuites. Les conséquences de cette circulation de cerveaux selon l’UNESCO sont nombreuses et vont de l’inefficience des résultats de recherches au manque de compétitivité pour des postes ouverts dans certains domaines pointus du secteur des ressources naturelles et de l’environnement en passant par un déficit en personnel technique dans certains départements ministériels. Ce besoin est perceptible par exemple au laboratoire d’expérimentation du Ministère des mines, de l’industrie et du développement technologique et explique le recours aux experts internationaux à des coûts de plus en plus élevés souvent observés dans le cadre de certains projets. Or, c’est effectivement ce coût exorbitant qui constitue la barrière à l’entrée pour certaines investigations de recherches.
b- Asymétrie informationnelle
L’information constitue un ensemble de faits, de données et d’événements qui permet de mener ou de projeter un champ d’investigation. Ainsi, la science de l’information est un exercice interdisciplinaire qui étudie le codage et la mesure de l’information, ainsi que ses modes de transmission et de stockage. La quantité de l’information peut être évaluée par le truchement de sa probabilité : plus l’information est probable, plus sa quantité est faible. Par conséquent, un message attendu avec certitude possède une quantité d’information nulle. En effet, il est important de relever que la pertinence d’un travail scientifique en général et d’une recherche en particulier est fonction de la quantité d’informations disponibles.
Contrairement à l’information, l’asymétrie de l’information peut être perçue comme une situation dans laquelle deux acteurs, dans le cadre d’un rapport d’échange ou d’un rapport non marchand, disposent d’une inégalité d’information. La nouvelle micro économie s’intéresse aux conséquences de l’asymétrie de l’information entre celui qui embauche et celui qui est embauché, entre l’assureur et l’assuré, entre le responsable et son subordonné, bref aux conséquences de l’asymétrie de l’information entre deux groupes d’acteurs interdépendants.
Dans le cadre du dialogue entre chercheurs et décideurs, l’asymétrie informationnelle apparaît comme un des principaux facteurs démotivant la recherche et conduisant de ce fait, aux résultats non ou moins efficients du fait de l’inaccessibilité de l’information. Les conséquences de l’asymétrie de l’information sur la recherche et les politiques publiques sont ainsi non négligeables et susceptibles d’entretenir un cercle vicieux de la pauvreté des échanges d’idées et de méthodologies.
c- Le manque de financement
Selon la plupart des acteurs rencontrés, la vulgarisation et la propulsion du secteur des ressources naturelles et de l’environnement souffrent fortement de l’insuffisance des moyens financiers qui leur sont eux alloués. Pour supplier à la modicité des moyens destinés au financement des activités de recherche, certaines stratégies contradictoires à la logique dudit secteur ont été mises en place par les chercheurs. Il s’agit en occurrence des stratégies adoptées par certains chercheurs en vue de maximiser les retombées de leurs travaux. En effet, il a été constaté que les chercheurs dissimulent leurs résultas de recherche pour les mettre le moment venu à la disposition des meilleurs offrants. Pourtant, la logique du secteur des ressources naturelles et de l’environnement voudrait que tout être humain s’implique dans les stratégies de rationalisation de l’exploitation et de l’utilisation des produits d‘origine naturelle, l’environnement se présentant comme un bien public global ou mondial.
d- Un manque de la culture du dialogue
Quoi qu’il en soit, les opinions s’accordent pour reconnaître que la culture du dialogue est un facteur déterminant pour la prospérité d’une région ou d’une nation. Elle conduit d’une part, à des résolutions passives des problèmes et d’autre part, à lever l’équivoque sur des sujets déterminés. Mais, il semble pour ce qui est du Cameroun, que la culture du dialogue fait moins partie des comportements sociaux.
De notre enquête, il ressort que les décideurs sont méfiants de toute tentative culturelle du dialogue et s’opposent souvent acteurs d’une telle initiative. Cette attitude développée par certains décideurs est susceptible de freiner la structuration et la diversification des activités de recherche étant donné que les nouvelles idées sont moins prises en considération du fait d’un manque de la culture du dialogue.
V. RECOMMANDATIONS
Au terme de cette étude, quelques recommandations préalables d’ordre général, institutionnel, sectoriel, etc. peuvent être formulées dont la mise en œuvre est susceptible d’améliorer le dialogue entre chercheurs et décideurs.
V.1- Recommandations générales
Au niveau général, le rapprochement entre les chercheurs et les décideurs peut être renforcé par :
1- La poursuite et l’intensification de la sensibilisation sur le dialogue chercheurs-décideurs ;
2- L’élaboration de la politique nationale de la recherche ;
3- L’optimisation et la valorisation de toutes les ressources humaines qualifiées pour leur utilisation rationnelle
4- La création d’un cadre institutionnel, réglementaire et juridique pour faciliter les échanges, le partage afin de mieux disséminer les informations sur les résultats obtenus de la recherche et les actions à entreprendre
5- L’amélioration des conditions humaines et la limitation de la fuite des cerveaux, notamment en revalorisant les statuts du chercheur.
V.2- Conditions préalables
L’établissement d’un meilleur cadre de concertation chercheurs-décideurs devrait préalablement répondre aux conditionnalités suivantes :
1- La formalisation des différents cadres de concertation entre les décideurs et les chercheurs, et surtout les chercheurs indépendants ;
2- L’équipement des laboratoires et des centres d’expérimentation des résultats de recherche notamment ceux du ministère des mines, de l’industrie et du développement technologique et des institutions de recherches universitaires ;
3- La législation sur le financement de la recherche en général et dans le secteur des ressources naturelles et de l’environnement en particulier ;
V.3- Recommandations institutionnelles
Sur le plan institutionnel, il est souhaitable de :
1- Mettre urgemment en place un fonds propre destiné à la recherche ou des mécanismes durables de financement de la recherche et de la valorisation des résultats à travers la réorientation des dépenses publiques vers des investissements générateurs de croissance ;
2- Mettre en place des mesures visant à faciliter/inciter le développement des institutions privées de recherche ;
3- Créer un processus matériel de consultation entre les décideurs et les chercheurs ;
V.4- Recommandations sectorielles
Par ailleurs, la vulgarisation et la considération des résultats de recherche du secteur des ressources naturelles et de l’environnement dans la prise de décision peuvent être possibles à travers :
1- La redynamisation du conseil supérieur de la recherche scientifique et technique au Minresi et dans les Universités, notamment dans le secteur des ressources naturelles et de l’environnement ;
2- La promotion du partenariat entre les universités et les instituts de recherche d’une part et le secteur du domaine de la recherche privée d’autre part, par la mise en place d’un cadre de concertation ;
3- Les facilités d’accès aux informations sectorielles nécessaires à la réalisation des études/recherches dans le domaine de ressources naturelles et de l’environnement ;
4- L’incitation des firmes privées à s’intéresser et à financer la recherche en contrepartie des allègements de leurs obligations fiscales ;
V.5- Autres recommandations
Pour une meilleure promotion du dialogue entre chercheurs et décideurs, il faudrait également :
1- Adapter les termes de recherche aux besoins des utilisateurs et sensibiliser les chercheurs à recourir aux priorités des décideurs ;
2- Assurer le Réseautage des centres de recherche, des universités et des institutions de recherche ;
3- Promouvoir une stratégie de diffusion et de publication des résultats de la recherche ;
4- Hiérarchiser l’autorité scientifique afin que règne plus d’ordre et que les jeunes chercheurs soient efficacement encadrés, promus et rassurés de la sécurisation de leurs produits.
5- Sensibiliser les décideurs à être pro actifs et non post actifs dans la recherche des résultats de recherche.
6- Responsabiliser les chercheurs pour une saine émergence et émulation personnelle.
CONCLUSION GENERALE
En définitive, l’analyse de l’Etat du dialogue entre chercheurs et décideurs dans le domaine de la bonne gouvernance du secteur des ressources naturelles et de l’environnement nous a permis d’identifier les facteurs déterminants positifs ou négatifs dudit dialogue. L’appréciation de l’état de synergie liant chercheurs et décideurs a montré l’importance que pourrait procurer l’implémentation de la bonne gouvernance dans ce secteur, à travers la prise en compte des résultats de la recherche.
L’impact de la recherche sur les politiques publiques sectorielles est indéniable. L’étude a tenté de cerner les facteurs limitant à une bonne concertation chercheurs-décideurs et a débouché au constat selon lequel le dialogue entre chercheurs et décideurs appelle non seulement à l’échange des informations et des connaissances lors de l’élaboration des thèmes de recherche et de la prise de décision, mais aussi, la mise en œuvre des principes de bonne gouvernance est de nature à améliorer le statut dudit dialogue, en particulier par l’institution d’un cadre de concertation permanent, gage de confiance réciproque. Pareillement, l’étude a suggéré quelques propositions d’actions de progrès de nature à induire une dynamique vertueuse entre les milieux de la recherche et ceux de la décision politique.
En effet, le climat de défiance actuel entre les deux principaux acteurs est malsain pour le dialogue en particulier, et pour le développement du Cameroun en général. Nonobstant cette situation, les rares cas d’appropriation et de réappropriation devraient augurer une ère nouvelle dans l’univers du dialogue entre chercheurs et décideurs, à condition que les deux parties s’engagent résolument dans cette voie.
BIBLIOGRAPHIE
1- Ahmed S. et al. : Lexique d’économie, 7ème édition.
2- Contribution du Ministère de l’Enseignement Supérieur et des Universités d’Etat du Cameroun à la deuxième conférence internationale régionale : 14-18 juillet 2004, Gouvernance partagée : La lutte contre la pauvreté et les exclusions, Yaoundé.
3- Département de l’information de l’ONU : 1994, Attaquer la pauvreté.
4- Etat du Cameroun : Avril 2003, Loi N° 2003/006 du 21 avril 2003 portant Régime de Sécurité en matière de Biotechnologie Moderne au Cameroun, Yaoundé.
5- Groupe de la Banque Africaine de développement : Février 2007, l’enseignement supérieur dans les pays de la CEMAC, Diagnostic, stratégies et plan d’action pour sa revitalisation : le cas du Cameroun, Dschang, Cameroun.
6- GUMISAI MUTUME : février 2003, Un nouveau remède contre la pauvreté en Afrique ?
7- Le Livre Blanc, un groupe d’intellectuels : octobre 1990, changer le Cameroun : pourquoi pas ? Yaoundé.
8- Ministère de la Recherche Scientifique et de l’innovation ; Rapport de l’atelier de sensibilisation des jeunes sue les questions relative à la biosécurité : Avril 2006, « la participation active des jeunes aux questions relatives à la biosécurité »., Mbalmayo – Cameroun.
9- Ministère de la recherche scientifique et de l’innovation : Mai 2006, information et sensibilisation des chercheurs sur la propriété intellectuelle, Yaoundé- Cameroun.
10- Ministère de l’Education National : juin 2000, stratégie du secteur de l’éducation, Yaoundé.
11- Ministère de l’Enseignement Supérieur : 2003, Professionnalisation de l’Enseignement Supérieur.
12- Ministère des forêts et de la faune : Document de synthèse du Programme Sectoriel Forêt et Environnement (PSFE), Yaoundé – Cameroun.
13- PNG : la problématique.
14- PNUD : 2005, promouvoir la gouvernance démocratique.
15- Présidence de la République du Cameroun : 2005, décret n°2005/123 du 15 avril 2005 portant organisation du ministère de l’emploi et de la formation professionnelle, Yaoundé.
16- Services du FMI : décembre 2000, Accélérer la croissance et réduire la pauvreté en Afrique subsaharienne—le rôle du FMI.
17- Services du Premier Ministre : 2004, Cameroun : les chantiers de la Gouvernance, Yaoundé.
18- Services du Premier Ministre : 2006-2010, Programme National de Gouvernance, Yaoundé.
19- UNESCO : Mai 1999, Evaluation et Enjeux de l’Enseignement Supérieur du Cameroun : éléments pour un plan stratégique de développement.
ANNEXES
Annexe 1: Questionnaire
ETAT DU DIALOGUE ENTRE CHERCHEURS ET DECIDEURS DANS LE DOMAINE DE LA BONNE GOUVERNANCE DU SECTEUR DES RESSOURCES NATURELLES ET DE L’ENVIRONNEMENT AU CAMEROUN
I- Identification
1- Noms et prénoms :
2- Statut (Chercheur ou Décideur) :
3- Structure :
4- Domaine de compétence (Ressources naturelles : bois, eau, forêts, minerais, faune et flore, etc. ; environnement : pollution, désertification, érosion, volcans, tremblements de terre, etc.) :
II- Etat des lieux de la problématique recherche/politique publique sectorielle
1- Quel est l’état de la recherche dans le domaine des ressources naturelles et de l’environnement ?
2- En d’autres termes, existe-t-il des travaux des chercheurs dans ce domaine ?
– Si oui, sur quelles formes : notes, mémoires, publications, etc. ?
3- Existe-t-il des produits de la recherche qui sont commandés ou initiés par les décideurs ?
– Si oui, sont-ils exécutés par les nationaux ou les étrangers ?
4- Comment les décideurs formulent-ils leurs demandes ? Appel d’offre, gré à gré, contrat…
5- Comment cette demande est-elle prise en compte par les chercheurs ?
6- Comment les chercheurs définissent-ils les priorités de la recherche ?
7- Parmi les produits de la recherche (études, consultations, etc.), quelle est la préférence des décideurs ?
8- Existe-t-il des cas où les produits de la recherche ont été appropriés par les décideurs ?
– Si oui, quels sont les facteurs ayant favorisé cette réappropriation ?
9- Existe-t-il des cas où les produits de la recherche n’ont pas été pris en compte par des décideurs ?
– Si oui quel sont les facteurs ayant défavorisé leur prise en compte par les décideurs ?
10- Existe-t-il un cadre de concertation entre chercheurs et décideurs dans le domaine de la gouvernance des ressources naturelles et de l’environnement ?
– Si oui, est-elle permanente ou ad hoc ?
11- Comment sont diffusés les résultats de la recherche dans le domaine ? En d’autres termes par quels canaux ces résultats sont rendus possibles ?
12- Pensez vous que ces résultats sont-ils accessibles aux décideurs ?
13- Comment faire pour améliorer le dialogue chercheurs-décideurs dans ce domaine (spécifier les actions spécifiques, préalables, générales, institutionnelles, etc.) ?
14- Est-il nécessaire de créer une structure de concertation permanente pour améliorer le dialogue entre chercheurs et décideurs dans ce domaine ?
III- Questions spécifiques
A- Aux Décideurs
1- Utilisez-vous les résultats de recherches dans le domaine de la bonne gouvernance du secteur des ressources naturelles et de l’environnement pour vos prises des décisions?
– Si oui de quelle manière ?
Si non, pourquoi ?
2- Ces résultats de recherches sont-ils adaptés à vos besoins ?
3- Quelles dispositions prendre pour que les chercheurs tiennent davantage compte de vos préoccupations?
B- Aux Chercheurs
1- Vos recherches sont-elles conformes aux besoins sectoriels réels des décideurs ?
2- Comment les résultats des études sont-ils rendus disponibles ? sont-ils accessibles aux décideurs ? comment ? Justifiez vos réponses.
3- Comment faire pour que vos recherches soient mieux réappropriées par les décideurs ?
Annexe 2 : Liste des institutions visitées
1- Le Ministère de la Recherche Scientifique et de l’Innovation ;
2- Le Ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement Technologique ;
3- Le Ministère de l’Environnement et de la Protection de la Nature ;
4- Le Ministère de la Forêt et de la Faune ;
5- Le Ministère de l’Eau et de l’Energie ;
6- Le Ministère de l’Enseignement Supérieur
7- L’Institut National de l’Education ;
8- L’Institut de Recherche Géologique et Minier ;
9- L’Institut de Recherche Agricole pour le Développement ;
10- L’Université de Yaoundé II.
Annexe 3 : Tableau 1 : Facteurs favorables au dialogue
Situation | Facteurs | Détaille |
Cas d’appropriation des résultats de la recherche | 1- l’existence d’un ministère chargé de la recherche scientifique et de l’innovation | Le Minresi est un département ministériel chargé de la mise en œuvre et de l’élaboration des politiques et stratégies gouvernementales en matière de la recherche au Cameroun. Il est une institution de relais pour l’administration publique en général et singulièrement pour les départements ministériels oeuvrant dans le domaine de la recherche |
2- l’existence des organismes en charge de la propriété intellectuelle au Cameroun | Au rang de la protection des résultats des recherches, il existe des organismes de la propriété intellectuelle aux niveaux national, régional et mondial en occurrence l’Organisation Africaine de la propriété intellectuelle (l’OAPI), l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI). Ces organismes mettent en place des mesures conservatrices des résultats de recherche en vue de les sécuriser contre toute contrefaçon et de motiver les initiatives novatrices des chercheurs. | |
3- l’environnement règlementaire de la recherche et le statut des chercheurs | Plusieurs textes (décrets, lois, règlements, conventions, accords…) réglementent la recherche, les ressources naturelles et l’environnement au Cameroun. Ce cadre règlementaire peut impulser le dialogue entre chercheurs/décideurs. Les lois sur la décentralisation en cours ont pour objectifs de rapprocher les gouvernés des gouvernants pour une participation plus accrue des différents acteurs au développement, préalable nécessaire à l’éclosion d’une bonne gouvernance. La diversité réglementaire se justifie également par l’existence d’autres textes relatifs à la bonne gouvernance, la lutte contre la pauvreté et la corruption | |
Cas de ré appropriation des résultats de la recherche | 4- La bonne gouvernance | Les principes de bases de la gouvernance tel que la transparence, l’accountability, etc., sont de nature à renforcer l’efficacité et l’efficience des prises de décisions. |
5- La démocratie | La démocratie semble être le médiateur communicationnel entre les décideurs et les chercheurs. Elle exige que les grandes libertés telle que liberté d’association, liberté d’expression, liberté de presse et même une transparence des faits publics soient reconnues. | |
6- Les volontés politiques | 5- Le décret N° 2005/0577/PM du 23 Fev.2005 fixant les modalités de réalisation des études impact environnemental | |
6- L’arrêté N°00001/MINEP du 12 Fev.2007 définissant le contenu général des termes de référence des études d’impact environnemental | ||
7- La prime de recherche | ||
8- La coopération |
Annexe 4 : Tableau 2 Facteurs défavorables au dialogue
Situation | Facteurs | Détaille |
Cas de non appropriation des résultats de la recherche | 1- L’éviction des jeunes chercheurs par les chercheurs seniors | Les chercheurs seniors ou anciens, nantis d’expériences professionnelles avérées et d’une certaine notoriété s’approprient des résultats de recherche des chercheurs juniors au détriment de l’émergence individuelle de ces derniers. |
2- La pro activité limitée des décideurs et leur inaccessibilité. | Les décideurs sont moins pro actifs. Ils vont moins à la quête de informations et de résultats des travaux des chercheurs nécessaires pour les prises de décisions. | |
3- La qualité et la nature des résultats | L’utilisation des résolutions issues des travaux des chercheurs semble limitée par le caractère approximatif de certains résultats produits. En effets celles-ci n’intègrent pas toujours les programmes et les stratégies sectorielles préétablis. | |
Cas de non réappropriation des résultats de la recherche | 4- L’absence d’un cadre formel de concertation chercheurs et décideurs, et la non continuité des actions administratives du fait des multiples mutations aux postes de responsabilités | certains décideurs recourent aux chercheurs indépendants dans un cadre purement informel pour des besoins précis de leurs départements ministériels. Il en est de même pour un décideur muté dont les résultats de recherche par lui initiés ne sont pas pris en compte par les nouveaux venus. |
Autres facteurs défavorables au dialogue entre chercheurs et décideurs | 5- La fuite des cerveaux | La dévalorisation de la profession intellectuelle, la précarité des conditions de travail et des frustrations politiques liées au niveau de la démocratie sont quelques causes politico-économiques de ces fuites des cerveaux dont les conséquences vont de l’inefficience des résultats de recherches au manque de compétitivité pour des postes ouverts dans certains domaines pointus du secteur des ressources naturelles et de l’environnement en passant par un déficit en personnel technique dans certains départements ministériels. |
6- L’asymétrie informationnelle | Dans le cadre du dialogue entre chercheurs et décideurs, l’asymétrie informationnelle apparaît comme un des principaux facteurs démotivant de la recherche ; conduisant de ce fait, aux résultats non ou moins efficients du fait de l’inaccessibilité de l’information. Les conséquences de l’asymétrie de l’information sur la recherche et les politiques publiques sont ainsi non négligeables et susceptibles d’entretenir un cercle vicieux de la pauvreté des échanges d’idées et de méthodologies. | |
7- Le manque de financement | La vulgarisation des résultats et la propulsion des recherches du secteur des ressources naturelles et de l’environnement souffrent fortement de l’insuffisance des moyens financiers. Pour supplier à la modicité des moyens destinés au financement des activités de recherche, certaines stratégies contradictoires à la logique dudit secteur ont été mises en place par les chercheurs. | |
8– Un manque de la culture du dialogue | L’absence d’une culture du dialogue est susceptible de freiner la structuration et la diversification des activités de recherche étant donné que les nouvelles idées sont moins prises en considération du fait d’un manque du dialogue |
Annexe 5 : Tableau 3 Recommandations pour l’amélioration de l’état du dialogue entre chercheurs et décideurs
Situation | Facteurs | Détaille |
Cas de non appropriation des résultats de la recherche | 1- L’éviction des jeunes chercheurs par les chercheurs seniors | Les chercheurs seniors ou anciens, nantis d’expériences professionnelles avérées et d’une certaine notoriété s’approprient des résultats de recherche des chercheurs juniors au détriment de l’émergence individuelle de ces derniers. |
2- La pro activité limitée des décideurs et leur inaccessibilité. | Les décideurs sont moins pro actifs. Ils vont moins à la quête de informations et de résultats des travaux des chercheurs nécessaires pour les prises de décisions. | |
3- La qualité et la nature des résultats | L’utilisation des résolutions issues des travaux des chercheurs semble limitée par le caractère approximatif de certains résultats produits. En effets celles-ci n’intègrent pas toujours les programmes et les stratégies sectorielles préétablis. | |
Cas de non réappropriation des résultats de la recherche | 4- L’absence d’un cadre formel de concertation chercheurs et décideurs, et la non continuité des actions administratives du fait des multiples mutations aux postes de responsabilités | certains décideurs recourent aux chercheurs indépendants dans un cadre purement informel pour des besoins précis de leurs départements ministériels. Il en est de même pour un décideur muté dont les résultats de recherche par lui initiés ne sont pas pris en compte par les nouveaux venus. |
Autres facteurs défavorables au dialogue entre chercheurs et décideurs | 5- La fuite des cerveaux | La dévalorisation de la profession intellectuelle, la précarité des conditions de travail et des frustrations politiques liées au niveau de la démocratie sont quelques causes politico-économiques de ces fuites des cerveaux dont les conséquences vont de l’inefficience des résultats de recherches au manque de compétitivité pour des postes ouverts dans certains domaines pointus du secteur des ressources naturelles et de l’environnement en passant par un déficit en personnel technique dans certains départements ministériels. |
6- L’asymétrie informationnelle | Dans le cadre du dialogue entre chercheurs et décideurs, l’asymétrie informationnelle apparaît comme un des principaux facteurs démotivant de la recherche ; conduisant de ce fait, aux résultats non ou moins efficients du fait de l’inaccessibilité de l’information. Les conséquences de l’asymétrie de l’information sur la recherche et les politiques publiques sont ainsi non négligeables et susceptibles d’entretenir un cercle vicieux de la pauvreté des échanges d’idées et de méthodologies. | |
7- Le manque de financement | La vulgarisation des résultats et la propulsion des recherches du secteur des ressources naturelles et de l’environnement souffrent fortement de l’insuffisance des moyens financiers. Pour supplier à la modicité des moyens destinés au financement des activités de recherche, certaines stratégies contradictoires à la logique dudit secteur ont été mises en place par les chercheurs. | |
8– Un manque de la culture du dialogue | L’absence d’une culture du dialogue est susceptible de freiner la structuration et la diversification des activités de recherche étant donné que les nouvelles idées sont moins prises en considération du fait d’un manque du dialogue |
[1] Destinée à satisfaire les besoins de base — comme la nourriture, l’oxygène, l’eau
[2] Qui incite l’individu à satisfaire ses besoins sociaux tels la compagnie et la réussite
[3] J. C. Mebu : Etat du dialogue entre chercheur décideur dans le domaine de la bonne gouvernance du secteur de ‘éducation et de la formation.
[4] De la démocratie en Amérique, Paris, Gallimard, 1961………
