Etude sur le dialogue Chercheurs_Décideurs dans le domaine de l’éducation
Etude sur le dialogue Chercheurs_Décideurs dans le domaine de l’éducation
Wednesday, 20 August 2008 10:11
ETAT DU DIALOGUE ENTRE CHERCHEURS ET DECIDEURS DANS LE DOMAINE DE LA BONNE GOUVERNANCE DU SECTEUR DE L’EDUCATION ET DE LA FORMATION AU CAMEROUN
Sommaire
I- Introduction
I.1- La notion de gouvernance
I.2- La recherche
I.3- Le dialogue
II- Présentation générale de l’étude
II.1- Contexte et justification de l’étude
II.2- Objectifs de l’étude
II.2.1- Objectif général
II.2.2- Objectifs spécifiques
II.3- Hypothèses de la recherche
II.4- Méthodologie et contenu de l’étude
II.4.1- Collecte des données
II.4.2- Diagnostic de la problématique recherches/politiques publiques sectorielles
II.4.3- Analyse des différents facteurs identifiés
II.4.4- Quelques suggestions pour l’amélioration du dialogue chercheurs/décideurs
III- La situation du dialogue entre chercheurs et décideurs dans la gouvernance du secteur de l’éducation et de la formation
III.1- Aspects institutionnels et réglementaires
III.1.1- Les institutions existantes
III.1.1.1- Les institutions d’enseignement de base et de l’éducation secondaire
III.1.1.2- Les institutions d’enseignement supérieur
III.1.1.3- Le ministère de la recherche scientifique et de l’innovation
III.1.1.4- Le ministère de l’emploi et de la formation professionnelle
III.1.2- La réglementation
III.1.2.1- La stratégie sectorielle de l’éducation
III.1.2.2- Le Programme National de Gouvernance (PNG)
III.2- Aspects opérationnels
IV- Facteurs déterminants du dialogue dans la gouvernance du secteur éducation et formation
IV.1- Facteurs favorables
IV.1.1- La décentralisation
IV.1.2- La démocratie
IV.1.3- Les volontés politiques
IV.1.3.1- La prime de recherche
IV.1.3.2- La coopération
IV.1.3.3- Les mesures de protection des résultats des recherches
IV.2- Facteurs défavorables
IV.2.1- La pauvreté
IV.2.2- La corruption
IV.2.3- L’impunité
IV.2.4- L’inadéquation du mode de désignation des responsables politiques au poste de décision
IV.2.5- Le manque de financement
IV.2.6- La nature des résultats des recherches
IV.2.7- Le manque de rapprochement entre les chercheurs et les décideurs
IV.2.8- Le modèle bureaucratique
IV.2.9- L’absence des programmes et budgets de recherches
V- Suggestions pour un meilleur dialogue chercheurs-décideurs et une intégration adéquate des résultats de la recherche dans la prise des décisions
V.1- La mise en place d’un syndicat national des chercheurs
V.2- Le renforcement des structures publiques et privées de vulgarisation des résultats de recherche
V.3- Les stratégies d’amélioration des conditions de recherche
V.4- Le fonds national de la promotion de la recherche
V.5- L’objectivité
I – Introduction
Une étude sur le dialogue entre chercheurs et décideurs en vue de l’implémentation de la bonne gouvernance dans les secteurs de l’éducation et de la formation interpelle des concepts clés dont la précision s’impose pour une meilleure analyse. Il en est ainsi notamment de la gouvernance et de la recherche. Par ailleurs, l’objectif étant de mettre les recherches en matière de gouvernance au service des décideurs, il faudrait établir une corrélation entre les deux secteurs, ce qui peut passer par le dialogue qui, lui aussi, appelle quelques précisions.
1- La notion de gouvernance peut s’entendre de manière générale comme l’exercice des pouvoirs économique, politique et administratif pour une gestion optimale des affaires d’un pays à tous les niveaux. En effet, apparue dans les années 1989, dans une étude de la Banque Mondiale consacrée à l’Afrique subsaharienne, la gouvernance se présente de nos jours comme un des facteurs déterminants du développement socioéconomique, d’autant plus qu’elle est un concept pluridisciplinaire qui touche l’ensemble des piliers du développement durable tel que l’économie, l’environnement, la politique, le droit, et le développement social. Elle suppose pour son efficience, l’implication d’un ensemble de principes.[1] En tout état de cause, la gouvernance peut être politique, économique ou sociale.
Quel que soit le type de gouvernance concernée, elle s’affirme de nos jours comme une exigence incontournable de bonne gestion de tous les secteurs de l’activité humaine. C’est ainsi que dans le domaine de l’éducation et de la formation, la bonne gouvernance permet d’une part de satisfaire la plupart des offres de formation et d’éducation de base des populations par le truchement d’une démarche participative dans l’élaboration des politiques et stratégies de l’éducation. Elle contribue d’autre part à œuvrer à la réduction des maux qui pourraient l’entraver et dont le plus sclérosant semble être la corruption. C’est en effet par le canal d’une bonne gouvernance que l’on peut promouvoir l’égal accès et la gratuité de l’éducation, l’équité dans les offres de formation à toutes les composantes sociales. Il en serait d’ailleurs de même du recrutement des éducateurs et des formateurs dont la compétence et l’expertise devraient être les gages d’objectivité et d’efficacité.
2- La recherche est un ensemble d’activités tendant à la découverte de nouvelles connaissances, méthodes, techniques ou produits pour l’amélioration de la condition humaine. Elle peut être scientifique, industrielle fondamentale ou appliquée. L’activité de recherche recouvre plusieurs volets dont la prise en compte peut varier d’un domaine à l’autre, en fonction des objectifs recherchés.
Si la recherche fondamentale a pour objet d’élargir les connaissances humaines, la recherche appliquée semble plus axée sur le développement parce qu’elle est un aspect de la recherche scientifique qui est orientée vers l’application pratique. Ses produits sont pour l’essentiel constitués des inventions : définitions des grandes lignes des procédés (ou processus) ou de produits nouveaux. Le financement de la recherche appliquée peut être privé et/ou public dans les économies de marché. La recherche opérationnelle est une procédure interdisciplinaire visant à définir une politique optimale de gestion pour atteindre les objectifs fixés. Parallèlement à cette perception scientifique de la recherche, peut s’ajouter la perception institutionnelle. Sur ce plan, elle peut être soit interne soit externe en fonction des institutions concernées.
Mais qu’elle qu’en soit la forme, il faut dire que les produits de la recherche sont diffusés dans une diversité de supports : mémoires, thèses, revues spécialisées ou journaux locaux ou internationaux. Par ailleurs, l’observation générale révèle que la recherche est financée soit sur des fonds publics, par des bailleurs de fonds (environ à 70% pour ce qui est du cas du Cameroun) et sur des crédits de fondations privées. Mais la tendance nationale est de plus en plus favorable au financement sur fonds propres pour la plupart des chercheurs ; d’autant plus que le chercheur jouit d’une autonomie dans la définition de ses thèmes et priorités de recherche. Pourtant la valorisation de ses recherches passe aussi par leur utilisation dans la prise des décisions politiques, toute chose qui ne peut se faire sans dialogue avec les instances de décision.
3- Le dialogue est une communication entre deux ou plusieurs personnes ou groupe de personnes sur un sujet déterminé. Dans notre contexte, il est l’articulation des échanges entre des acteurs ou groupes d’acteurs agissant dans des domaines différents mais complémentaires, l’objectif étant de conjuguer des efforts pour la mise en commun des expériences. C’est dans ce sens qu’un dialogue chercheurs-décideurs, suppose l’échange des informations et connaissances, tant pour l’élaboration des thèmes de recherches que pour la prise de décisions visant à mettre en place une stratégie gouvernementale intégrant les principes d’un bon système de gouvernance.
Quoi qu’il en soit, les opinions s’accordent pour reconnaître que la prospérité d’une nation dépend largement de son système de gouvernance publique. Or, cette dernière est tributaire entre autres, d’une prise en compte des initiatives novatrices, dans le domaine de la recherche afin que leurs résultats soient exploités par les centres de prise de décisions. Il en résulterait une synergie vertueuse entre les milieux de recherches et de prise de décisions dont l’impact ne peut être que favorable à la gouvernance. Pourtant, l’unanimité semble se dégager aujourd’hui que l’utilisation de certains résultats de recherches est limitée par la prédominance d’un nombre de facteurs tant exogènes qu’endogènes tels que la non considération des besoins des décideurs dans l’élaboration des thèmes d’études par les chercheurs et, corrélativement, l’ignorance des résultats de la recherche dans la prise des décisions.
La problématique de cette étude invite à s’interroger sur l’utilisation de la recherche appliquée à la gouvernance par les décideurs dans les secteurs de l’éducation et de la formation. Cette approche a l’avantage non seulement de rapprocher les chercheurs de décideurs, mais également d’aboutir à un système de prise de décision adéquat par une approche concertée. Il en résulterait des décisions plus porteuses en termes d’impact sur le développement.
La présentation de l’étude (I) conduira à l’examen de la situation de l’environnement du dialogue entre chercheurs et décideurs dans la gouvernance des secteurs de l’éducation et de la formation au Cameroun (II). Par la suite, une analyse critique des différents facteurs déterminants de ce dialogue (III) aidera à la formulation d’un ensemble de suggestions (IV) pour l’amélioration de la synergie dans les activités de recherche et décisionnelles dans le domaine concerné.
II- Présentation générale de l’étude
II.1 – Contexte et justification de l’étude
L’évolution conjoncturelle désynchronisée qu’a connu le Cameroun au cours de ces quatre dernières années donnent à penser qu’il ne lui a pas été possible de maintenir dans le long terme une croissance durable de son PIB et de son revenu national nécessaire à la promotion d’une croissance favorable à une réduction durable de la pauvreté dans le pays. Pour parvenir à renforcer l’efficacité des politiques de développement, on s’accorde sur le fait que la rapidité du progrès et la prospérité d’une nation dépend largement de la gouvernance de ses affaires publiques. Par ailleurs de nombreux chercheurs du Cameroun ont produit dans diverses disciplines un gisement d’idées qui pourrait servir de levier à l’essor d’une gouvernance de développement humain durable. A l’observation, il a été constaté que cette recherche contribuait faiblement au processus de décision et donc à la formulation et à la mise en œuvre des politiques publiques cohérentes globales et de nature à promouvoir une amélioration soutenue du bien être des populations. En d’autre termes, l’utilisation des données avérées issues de la recherche afin d’informer les décideurs et influer consécutivement sur les politiques publiques est loin d’être systématique.
La présente étude fait suite au symposium organisé à Yaoundé en Juin 2006, sous l’égide du bureau régional pour l’Afrique du centre et de l’ouest par le Centre de Recherche pour le Développement International (CRDI) sur le dialogue Chercheurs/décideurs dans le domaine de la gouvernance. En effet, un des points forts de ce colloque visait la mise en place d’un comité de suivi des résolutions (CSR) qui y ont été prises. Ainsi, la première réunion de ce comité s’est tenue le 15 janvier 2008 dans la salle de conférence du Centre de Recherche pour le Développement Durable en Afrique (CREDDA), qui assure la coordination des activités du comité. A la suite de cette réunion, trois domaines de recherches ont été retenus parmi lesquels l’éducation et la formation ». Précisément, il s’agit de voir comment implémenter la gouvernance dans ce domaine. C’est ainsi qu’une étude sur « l’état du dialogue entre chercheurs et décideurs dans le domaine de la bonne gouvernance du secteur de l’éducation et de la formation au Cameroun » rentrant en droite ligne dans ce plan d’action a été commandée. L’objet de cette étude est d’examiner de quelle manière la recherche dans le domaine de la gouvernance du secteur de l’éducation et de la formation influe ou peut influer sur l’élaboration et la mise en œuvre des politiques publiques sectorielles.
Dans le contexte d’une prise de décisions qui tienne compte des exigences d’une bonne gouvernance, cette étude devrait permettre d’une part aux décideurs du secteur de l éducation et de la formation d’être davantage sensibilisés à l’utilisation des résultats de la recherche et, d’autre part, aux chercheurs de mieux prendre en compte les préoccupations des décideurs dans leurs activités de recherche. Sous un autre angle, l’étude identifiera les contraintes relatives au dialogue entre chercheurs et décideurs, pour explorer les conditions d’établissement de ce dialogue, en vue de proposer des actions nécessaires au renforcement de l’influence de la recherche sur la décision publique.
II.2 -Objectifs de l’étude
II.2.1- Objectif général
L’objectif général de l’étude est d’analyser de manière critique les facteurs favorisant ou limitant la prise en compte des résultats de la recherche dans le domaine de la gouvernance du secteur de l’éducation et de la formation au Cameroun. En d’autres termes, il s’agit de mener des réflexions en vue d’apprécier l’état de synergie entre les milieux de la recherche de la décision afin de montrer comment l’implémentation de la gouvernance dans le secteur de l’éducation/formation peut être favorisée par les résultats de la recherche. Parallèlement l’étude identifiera les stratégies idoines nécessaires pour l’établissement d’un dialogue durable entre chercheurs et décideurs dans le domaine de la gouvernance du secteur de l’éducation/formation au Cameroun.
II.2.2- Objectifs spécifiques
Dans un premier temps, l’étude procédera à l’analyser des facteurs déterminants négatifs ou positifs du dialogue dans la gouvernance du secteur éducation/formation. Il s’agira notamment de :
1 L’identification des facteurs favorables ou défavorables internes aux institutions respectives ;
2 L’identification des facteurs favorables et défavorables dans les contextes locaux, nationaux et internationaux ;
3 L’appréciation des types d’influence que la recherche dans le domaine de la gouvernance du secteur éducation/formation a eu (ou peut avoir) sur les politiques publiques sectorielles ;
4 L’identification des facteurs (favorables ou défavorables) perçus dans la structure ou le fonctionnement de chaque groupe d’acteurs (chercheurs et décideurs).
En second lieu, il sera question de proposer des solutions pour lever les facteurs de blocage à une bonne synergie entre les chercheurs et les décideurs. Sur ce point, l’exercice consistera à :
1 Suggérer des voies et moyens susceptibles de favoriser un rapprochement mutuel entre les deux groupes d’acteurs ;
2 Recommander des propositions de nature à contribuer à une plus grande valorisation des résultats de la recherche dans le domaine de la gouvernance du secteur de l’éducation et de la formation ;
3 Proposer des passerelles de collaboration pour renforcer une plus grande participation des utilisateurs à la définition des thèmes de recherches et inciter les chercheurs à prendre en compte les préoccupations des décideurs.
II.3 – Hypothèses de la recherche
Quatre hypothèses peuvent être formulées pour la réalisation de cette étude :
1- La recherche peut servir à l’essor d’une gouvernance dans le secteur de l’éducation et de la formation par sa contribution au processus des décisions.
2- Il existe d’abondantes recherches entreprises dans le domaine d’éducation et de la formation par des chercheurs camerounais, mais du fait de l’absence de synergie, l’influence de la recherche sur les politiques publiques de l’éducation et de la formation est faible.
3- Une bonne gouvernance suppose des actions vigoureuses de promotion du dialogue chercheurs/décideurs notamment dans le secteur d’éducation formation en vue d’un développement humain durable.
4- L’utilisation des résultats de la recherche semble être limitée par la non prise en considération des besoins des décideurs dans l’élaboration des thèmes d’études par les chercheurs.
II.4- Méthodologie et contenu de l’étude
L’approche méthodologique de l’étude sera articulée en quatre principaux points dont (i) la collecte des données, (ii) le diagnostic de la problématique recherche/politiques publiques sectorielles dans le domaine de l’éducation et de la formation, (iii) l’analyse des différents facteurs déterminants du dialogue chercheurs/décideurs et (iv) la formulation de quelques pistes de recommandations.
II.4.1- La collecte des données
Elle a consisté en trois principales activités :
– l’élaboration du questionnaire ;
– les descentes sur le terrain et ;
– la recherche et la consultation documentaires.
a) Elaboration d’un questionnaire
En vue de faciliter les descentes sur le terrain, un guide d’entretien de quinze questions a été confectionné. Ces questions non exhaustives mais synthétisées, ont permis l’orientation des discussions pendant la collecte des données.
b) Les descentes sur le terrain
Les descentes sur le terrain se sont effectuées dans des institutions et départements ministériels en charge de la recherche, de l’éducation et de la formation, ayant en commun la mise en œuvre de la gouvernance dans leurs politiques et stratégies. Ces descentes ont favorisé la rencontre avec les principaux acteurs techniques de ces domaines et la collecte des informations empiriques, la réalisation des enquêtes et interviews, l’organisation des focus discussions.
c) La recherche documentaire
Elle a consisté en l’analyse des rapports et études produits sur la gouvernance, l’éducation, la formation et sur l’évolution de la recherche dans ces domaines. La revue des comptes rendus de certaines rencontres entre chercheurs et/ou des décideurs produits dans ces domaines, ainsi que des études produites par certains partenaires tels que le PNUD, l’UNESCO, l’Union Européenne, ont été une source considérable d’informations.
II.4.2- Diagnostic de la problématique recherche/politiques publiques sectorielles
L’objet est de déterminer l’état des lieux des facteurs favorables qui ont contribué (ou pourraient contribuer) à influencer les politiques et stratégies de la gouvernance dans le secteur de l’éducation et de la formation d’une part, et sur les facteurs défavorables qui ont réduit (ou sont susceptibles de réduire) l’impact de la recherche sur ces stratégies et politiques sectorielles.
II.4.3- Analyse des différents facteurs identifiés
a) Analyse des données
Les données recueillies à l’aide des différentes sources sus évoquées sont dépouillées pour être ensuite traitées et analysées en fonction des centres d’intérêts. L’objectif étant d’évaluer l’influence des facteurs identifiés sur l’intégration des résultats de recherches dans la prise de décisions gouvernementales dans les secteurs concernés.
b) Interprétation des résultats des analyses
Une synthèse de ces données est faite pour dégager les grandes orientations ainsi que les particularités du dialogue chercheurs/décideurs dans chacune des institutions.
II.4.4- Quelques suggestions pour l’amélioration du dialogue chercheurs/décideurs et du niveau de prise en compte des résultats de recherche dans les prises de décisions sont faites sur la base des orientations et divers facteurs identifiés.
III- Situation du dialogue chercheurs/décideurs dans la gouvernance des secteurs éducation /formation
Deux principaux aspects peuvent être visités pour rendre compte de l’état du dialogue entre les chercheurs et les décideurs dans la gouvernance des secteurs de l’éducation et de la formation. D’une part, l’examen des aspects institutionnels et réglementaires (III.1), et d’autre part, la traduction de ce volet sur le plan purement opérationnel (III.2), consistant alors à analyser la mise en œuvre de politiques publiques adoptées
III.1- Aspects institutionnels et réglementaires
Dans une économie libérale caractérisée par l’internationalisation des échanges, les innovations technologiques et le développement des initiatives privées, le développement de l’éducation et de la formation mobilise de plus en plus des savoirs et leurs applications. Cette évolution conduit non seulement les chercheurs à réorienter leurs thèmes, mais davantage les décideurs à engager de nouvelles politiques publiques de développement de l’éducation et de la formation sur la base des recherches ou des projets de recherches.
D’emblée, il importe de signaler que l’état du dialogue chercheurs-décideurs dans le domaine de la gouvernance du secteur de l’éducation et de la formation dispose d’un environnement institutionnel et réglementaire en théorie incitatif. D’où la nécessité d’une véritable synergie entre les deux axes si l’on veut en capitaliser les effets. Cet environnement est caractérisé par la présence des services de recherche et de promotion de leurs résultats dans les départements ministériels et institutionnels compétents.
Pour mieux rendre compte de l’existant, il importe d’examiner en premier lieu les institutions existantes concernées par le dialogue (III.1.1) et, en second lieu, la réglementation en vigueur dans le domaine de l’étude (III.1.2).
III.1.1- Les institutions existantes
Un diagnostic du dialogue en matière de gouvernance entre les acteurs ne peut véritablement être établi qu’à travers la revue des divers départements ministériels en charge de l’éducation et ceux couvrant la formation et la recherche au Cameroun. A cet effet, il convient de signaler que ce secteur est pluridimensionnel en ce qui concerne le volet éducatif dans la mesure où il existe un ministère en charge de l’enseignement supérieur (MINESUP), un autre chargé de l’éducation secondaire (MINSEC) et le troisième qui s’occupe de l’éducation de base (MINEDUB). A coté des ces institutions, on peut également noter la présence du ministère de la recherche scientifique et de l’innovation (MINRESI) et du ministère de l’emploi et de la formation professionnelle (MINEFOP), et de l’Institut National de l’Education (INE) en ce qui concerne la recherche. Le secteur de la gouvernance quant à lui dispose d’un Programme National de Gouvernance.
Ces portefeuilles ministériels, instituts et programme gouvernementaux assurent, chacun en ce qui le concerne, la tutelle d’un certain nombre d’institutions et d’établissements abritant des chercheurs de niveaux non identiques. Ils couvrent ainsi tout le volet éducation et formation, et celui de la recherche et de l’innovation, spécialisé dans la diffusion et la vulgarisation des résultats des recherches. Il convient de les examiner pour en appréhender leur mandat respectif.
1°) Les institutions de l’enseignement de base et de l’éducation secondaire
Dans ces institutions, l’accent étant mis sur l’éducation proprement dite, la recherche constitue une activité secondaire pour les enseignants. Il n’en demeure pas moins que quelques uns se livrent aux recherches relatives spécifiquement aux matériels didactiques tels que les manuels et ouvrages scolaires. Cette situation peut justifier qu’il n’y existe pas un pool de recherche distinct des autres services. La recherche interne est faite par les chargés d’étude affectés à chaque direction. Ces institutions ont en outre la particularité de devoir consommer leurs propres productions et d’utiliser les recherches externes pour la gouvernance de leur plan d’actions. Le dialogue interne pourrait être facilité par la cohabitation des chercheurs et des décideurs techniques qui se concerteraient non seulement pour l’établissement des besoins en matière de décision, mais aussi pour l’élaboration des thèmes de recherche.
2°) Les institutions de l’enseignement supérieur
Le ministère de l’enseignement supérieur produit le savoir à travers la recherche scientifique et technique de haut niveau. L’appareil organisationnel qui assure la gestion de la recherche scientifique est structuré, des services centraux du ministère aux laboratoires des centres de recherches et des départements universitaires. Il s’agit notamment :
– la Division de la Prospective, de la Recherche et de la Coopération qui a pour mission entre autres d’élaborer la mise en œuvre de la politique de la recherche au Minsup. A cet effet, elle dispose d’une cellule de la promotion de la recherche universitaire;
– du service de la formation et de stages, défini par le décret N° 98/231 du 28 septembre 1998 portant organisation du ministère de l’enseignement supérieur. Ce service a pour mission statutaire l’évaluation des besoins et la programmation des activités de formation et de perfectionnement, en liaison avec le ministère chargé de la fonction publique et de la réforme administrative. Il s’occupe aussi de l’organisation et du suivi des stages et séminaires ;
– de la commission interne des stages, des formations et de perfectionnement, organe consultatif qui siège chaque mois de mai en session ordinaire et en session spéciale pour des cas de force majeure ;
Parallèlement, on retrouve des chargés d’étude affectés dans certaines directions de ce département ministériel. En plus de ces structures spécialisées logées au sein de la tutelle, il n’est pas sans intérêt de relever que dans l’ensemble des universités d’état camerounaises, sont nommés :
– des vices recteurs en charge de la recherche et de la coopération ;
– des vices doyens en charge de la recherche et de la coopération, même si l’on relève le faible niveau fonctionnel de ces services du fait d’un pouvoir financier limité ;
– des chefs de division de la recherche et de la coopération.
Si la multitude et la diversité de structures de recherche à ce niveau peut rendre difficile l’harmonisation de leurs actions, elles témoignent néanmoins de la volonté politique de faire de la recherche l’un des piliers du développement.
3°) Le ministère de la recherche scientifique et de l’innovation
Le ministère de la recherche scientifique et de l’innovation (Minresi) peut être perçu comme une institution de relais pour l’administration publique en général et singulièrement pour les départements ministériels notamment dans le domaine de la recherche. En effet, grâce au Minresi, la relance des activités de recherche dans divers domaines est aujourd’hui une réalité. Pour tout problème posé dans les autres départements ministériels, cette institution n’est sollicitée par les décideurs concernés qu’en cas d’indisponibilité de solutions internes. En plus de ses différents services centraux de recherche, le Minresi dispose des institutions publiques de recherche sous sa tutelle notamment :
l’Institut de Recherches Géographique et Minier (IRGM) ;
l’Institut National de Cartographie (INC) ;
le Comité National de Développement des Technologies (CNDT)
la Mission de Promotion des Matériaux Locaux (Minpromalo) ;
l’Institut de Recherche Agricole pour le Développement (IRAD) doté d’une station spécialisée de recherche botanique à vocation régionale et internationale. Cette dernière a pour mission de :
– constituer une collection d’échantillons botanique de référence du patrimoine floristique national ;
– décrire les plantes du Cameroun selon les normes internationales ;
– produire les cartes de description des plantes ;
– donner des informations sur des plantes du Cameroun ;
– Former les botanistes ;
– Etc.
l’Institut de Recherche Médicale et de l’étude des Plantes Médicales (IMPM) qui est un établissement public doté de la personnalité juridique et de l’autonomie financière. Il est chargé de :
– contribuer à l’identification des problèmes de santé en liaison avec le ministère chargé de la santé publique et proposer les stratégies de lutte appropriées ;
– déterminer les potentialités nutritionnelles des aliments locaux et de développer des techniques appropriées et peu coûteuses pour leur transformation et leur conservation ;
– promouvoir l’utilisation des plantes médicales et éventuellement leur transformation ;
– mener des recherches en vue de la mise en valeur et de l’intégration de la médecine traditionnelle dans le cadre des soins de santé primaire ;
– assurer la formation et la protection des cadres scientifiques et techniques dans les différentes structures opérationnelles de la recherche.
– assurer une large diffusion des résultats de la recherche
– entreprendre des opérations de contrôle et de vente des produits de recherche, d’identification des substances nocives et de la mise en place de mesures de protection ;
– Etc.
L’IMPM comprend trois centres de recherche : le centre de recherche médicale (CRM), le centre de recherche en plante médicales et médecine traditionnelle (CRMT) et le centre de recherche en alimentation et nutrition (CRAN). Ses axes de recherches sont le paludisme, le VIH/SIDA, les maladies émergentes et reémergentes, les plantes médicales et la médecine traditionnelle puis l’alimentation et la nutrition.
L’Institut National de l’Education (INE)
Le Institut National de l’Education est un établissement public de recherche créé en 1979[2] et placé sous la tutelle du ministère de la recherche scientifique et de l’innovation. Elle a été restructurée en 1996 à la suite de la fermeture de l’ancien institut des sciences humaines. L’arrivée des produits de recherche de l’ex-institut des sciences humaine a considérablement rehaussé le potentiel de cet institut, notamment avec la diversification des domaines d’interventions. Cette diversifié s’est accompagnée d’un recrutement de seize chercheurs dans des spécialités également diversifiées. C’est dire qu’à la suite de ces restructurations, les missions au départ assignées à l’INE ont également connu des mutations pour se limiter à celles ci-après :
– relancer et coordonner la recherche institutionnelle dans le domaine des sciences humaines et sociales au Cameroun.
– promouvoir les programmes de recherche conformément aux besoins des utilisateurs potentiels;
– redynamiser la coopération sous régionale et internationale dans le domaine des sciences sociales ;
– intégrer les sciences sociales dans les nouvelles approches et programmations interdisciplinaires de recherche ;
– organiser les séminaires et les colloques de manière à inséminer les résultats de la recherche en collaboration avec les autres organisations compétentes.
Le Institut National d’Education participe également à plusieurs programmes de recherche dans le domaine des sciences sociales pour le développement. Cette participation se fait en collaboration avec d’autres organismes nationaux et internationaux tels que : l’UNESCO, le Commonwealth, la Coopération Brésilienne, le CNLS, etc.
etc.
La vue des missions de l’INE fait de lui un important partenaire des secteurs d’éducation et de la formation. En effet, il peut intervenir en amont dans la définition des termes de recherches au regard des besoins des décideurs. En aval ; mettre les résultats de la recherche à la disposition des décideurs.
4°) Le ministère de l’emploi et de la formation professionnelle
Le ministère de l’emploi et de la formation professionnelle est chargé :
– de l’élaboration de la politique de l’emploi ;
– de la défense de la promotion de l’emploi ;
– de l’orientation et du placement de la main d’œuvre ;
– des études sur l’évolution de l’emploi et du marché du travail ;
– des études sur l’évolution des qualifications des emplois ;
– de la conception et de l’organisation des activités de formation professionnelle rapide ;
– de la définition des normes d’organisation des systèmes d’apprentissage et de qualification professionnelle et du contrôle de leur respect ;
– de l’organisation et du suivi de l’insertion professionnelle des jeunes formés ;
– de l’organisation des activités de recyclage ou de requalification pour des travailleurs ayant perdu leurs emplois.
Le Minefop assure également la tutelle du Fonds National de l’Emploi et des organismes d’intervention en matière de prospection d’emploi.
Au niveau central, le Minefop comprend deux organes directement impliqués dans les gestions de recherches et de la formation :
– la division des études, de la prospective et de la coopération ;
– la direction de la formation et de l’orientation professionnelle :
S’il est important de noter l’existence des recherches internes effectuées par les chargés d’étude des différentes directions il convient de relever que ces deux organes sont responsables entre autres des analyses des évolutions observées dans le domaine de l’emploi et de la formation professionnelle et de la diffusion à l’intension du grand public, des informations ainsi que des résultats des analyses faites auprès des structures publiques et privées. Au vu de ses multiples missions, le Minefop se présente comme un instrument d’enregistrement et d’analyse des évolutions relevées dans le secteur de l’emploi et de la formation professionnelle.
III.1.2- La réglementation en vigueur
Plusieurs textes (décrets, lois, règlements…) réglementant la recherche et l’éducation au Cameroun. Ce cadre règlementaire peut impulser le dialogue entre chercheurs/décideurs. Il s’agit notamment des lois sur la décentralisation qui ont pour objectif le rapprochement des gouvernés des gouvernants avec comme volet principal la participation sociale ; le décret de nominations des responsables des services techniques et de recherches. Il en est de même pour ce qui est des textes et décrets relatifs à la bonne gouvernance, la lutte contre la pauvreté, la corruption… dont la finalité commune est la transparence et la réduction d’asymétrie de l’information. Cette diversité réglementaire traduit un environnement propice à l’essor du dialogue chercheurs/décideurs.
III.1.2.1- La stratégie sectorielle de l’éducation
La situation de crise aiguë et persistante sans précédent a engendré des effets dans tous les secteurs d’activité et plus particulièrement dans le secteur de l’éducation. Malgré les efforts consentis par le gouvernement et divers partenaires dans ce domaine, on relève pour le déplorer la persistance de nombreux problèmes au rang desquels :
– l’insuffisance des structures d’accueil, de matériels didactiques et autres auxiliaires d’enseignement et d’apprentissage ;
– l’insuffisance qualitative du personnel enseignant ;
– l’insuffisance de crédits alloués au secteur ;
– l’absence d’équité ;
– la médiocrité des équipements ;
– une gestion inefficace du système éducatif.
Parallèlement à ce constat régressif des facteurs de l’éducation, l’on convient que l’effort d’éducation doit conduire à un niveau convenable du bien-être. Mais pour atteindre ce niveau, il faut que celle-ci ait une approche qualitative et globale intégrant diverses notions de la bonne gouvernance. Cela signifie que l’éducation doit être non seulement de bonne qualité et s’adresser à toute la masse citoyenne, mais aussi être caractérisée par des normes de transparence, d’accountability, d’équité et de probité. C’est dans ce cadre que la loi d’orientation de l’éducation a été adoptée en avril 1998 avec comme objectif essentiel la résolution des problèmes quantitatifs et qualitatifs de ce secteur. Ainsi, un diagnostic approfondi du système a été recommandé et dressé. Des solutions idoines ont également été proposées en vue d’une perspective de développement durable vers lequel s’orienteront les efforts de redynamisation du système éducatif. La stratégie de l’éducation au Cameroun situe le contexte global des interventions, présente le diagnostic du système éducatif et établit les objectifs à atteindre. Elle détermine la démarche à suivre et les dispositions stratégiques pour différents domaines d’opération. Elle analyse et présente les coûts et le financement de l’ensemble des stratégies. A partir de la stratégie sectorielle, un programme approfondi doit être défini avec ses composantes et ses plans d’action. C’est cet ensemble de mesures qui sera mis en œuvre sur une période de dix ans.
III.1.2.1- Le programme national de gouvernance
Adopté le 29 juin 2000, le Programme National de Gouvernance a essentiellement comme objectifs stratégiques de :
– soutenir la croissance et le développement durable ;
– réduire la pauvreté :
– renforcer les capacités des acteurs de développement (Etat, secteur privé, société civile, médias, Collectivités Territoriales Décentralisées (CTD)) ;
– promouvoir le partenariat secteur public – secteur privé – société civile ;
– renforcer l’Etat de droit et réformer la justice ;
– promouvoir une véritable culture de responsabilité dans la gestion des affaires publiques ;
– renforcer la transparence de l’Etat et lutter résolument contre la corruption.
Compte tenu de ces objectifs, on peut affirmer que la prescription de l’élaboration et de la mise en œuvre d’un Programme National de Gouvernance qui remonte en 1995 résulte essentiellement d’une volonté étatique de donner au Cameroun les moyens de relever les défis de la mondialisation. Cette prescription a généré une véritable transmutation, dans la mesure où les pays africains en général et le Cameroun en particulier sont désormais confrontés à la problématique de redistribution du pouvoir avec d’autres acteurs et de modernisation dynamique du management des sociétés humaines. Entamé avec la création des agences de régulation, le réaménagement des structures gouvernementales et administratives semble indispensable et doit être accompagné d’un processus de redynamisation des services. Ce réaménagement, débuté avec l’ancien PNG s’est poursuivi avec la mise en œuvre des dispositions du décret 2004/320 du 08 décembre 2004, portant organisation du gouvernement.
Le constat précédent prouve bien qu’il existe un cadre institutionnel propice au dialogue des secteurs visés. Mais celui-ci ne serait efficace que si des pratiques étaient adoptées pour son opérationnalisation.
III.2- Aspects opérationnels
Sur le plan opérationnel, on relève que le dialogue entre chercheurs et décideurs est à parfaire. S’il existe une volonté manifeste des décideurs de valoriser les produits de la recherche et de faire le suivi et la vulgarisation de ces résultats, le niveau effectif de ce dialogue dans la gouvernance des secteurs de l’éducation et de la formation est variable d’un département ministériel ou institution à un/une autre. De la sorte :
– au niveau de l’éducation de base et secondaire la gouvernance est davantage opérationnelle puisqu’elle conduit à la définition des stratégies adéquates face à un problème posé. La recherche ou l’étude est entreprise en fonction des besoins fonctionnels du décideur et ce, sur la base des résultats de recherches antérieures disponibles. La recherche externe est entreprise au cas où ces résultats ne sont pas disponibles ou insuffisants. Dans ce cas, le décideur peut solliciter les services d’un expert dans le domaine par un appel d’offre ou par tous autres moyens licites à l’instar des appels à manifestation d’intérêt. L’élaboration et la mise en exécution de la stratégie sectorielle de l’éducation nationale sont un exemple palpable d’un essai de dialogue chercheurs/décideurs.
– au Ministère de l’emploi et de la formation professionnelle par contre, la même observation pourrait être faite. En effet la gouvernance publique ici transparaît globalement non seulement dans le souci d’amélioration de la qualité de services rendus aux usagers en guise de la formation professionnelle et d’insertion socioéconomique, mais, l’est moins dans le degré de concertation technique externe pour les prises de décisions spécifiques. Par ailleurs, l’exemple du Fonds National de l’Emploi (FNE) est un modèle réussi du dialogue interne chercheurs/décideurs qui mérite d’être reproduit ailleurs. A coté de ce modèle, figure la cellule informatique qui, à travers son centre de formation professionnelle multimédia, est de nature à rapprocher les chercheurs des décideurs du fait de l’intégration des résultats de recherches pédagogiques dans les programmes de formation validés par les décideurs.
– au ministère de l’enseignement supérieur en l’occurrence, on remarque l’opérationnalité de tous types de recherche (scientifique, industrielle, recherche de développement et opérationnelle). Le fonctionnement de l’enseignement supérieur se place dans le contexte plus général de la problématique sociale et économique de l’éducation. La recherche des solutions à l’échelle y menée et appuyée par certains bailleurs de fonds se propose en effet de consolider un certain nombre d’initiatives entreprises à des niveaux différents. Malheureusement ce fonctionnement n’est pas totalement opérationnel du fait de la modicité des moyens financiers octroyés. En outre, l’obstacle financier apparaît comme le problème majeur à l’applicabilité des orientations institutionnelles retenues.
Il semble également opportun de relever la présence d’un groupe de recherche de la CEMAC[3] où certains membres sont issus des universités et institutions de recherches camerounaises. C’est d’ailleurs dans ce sens que la quatrième réunion de ce groupe s’est tenue du 20 au 23 novembre 2007 à l’Université de Yaoundé II à Soa. Au terme de cette réunion il a été recommandé :
à la CEMAC :
1 d’accompagner le processus de programmation régionale de recherche jusqu’à son terme ;
2 de faciliter l’organisation de la recherche de financement sur les programmes prioritaires identifiés ;
3 de relancer le projet sur la propriété intellectuelle et de l’étendre à d’autres domaines.
aux Etats de faciliter :
4 les processus nationaux de circulation de l’information et d’implication de leurs ressources humaines dans la dynamique régionale ;
5 la mobilité des chercheurs au sein de l’espace communautaire ;
6 la mise en place des cellules chargées des questions de propriété intellectuelle dans les institutions de recherche.
Ces résolutions visent non seulement à renforcer le cadre de la recherche dans la sous région Afrique centrale et dans les pays membres, mais également à amplifier le dialogue entre les chercheurs et les décideurs. Il est à espérer que ces recherches produisent des résultats qui pourront contribuer à la prise de décision non seulement au niveau local, mais aussi au niveau de la sous région Afrique Centrale.
– le Ministère de la recherche scientifique et de l’innovation est sensé être responsable de l’élaboration et de la mise en œuvre de la politique de recherche scientifique et de l’innovation technologique en animant et en coordonnant les recherches scientifiques et technologiques sur toute l’étendue du territoire en vue de la promotion du développement économique, social et culturel de la nation. Il devrait également assurer la valorisation, la vulgarisation et l’exploitation des résultats de recherche en liaison avec tous les autres secteurs de l’économie nationale et les départements techniques ministériels intéressés. Le Minresi assurerait en outre la liaison entre les organismes scientifiques et technologiques nationaux et internationaux, la tutelle des organismes de recherche placés sous sa responsabilité. Il apparaîtrait ainsi comme le creuset de tous les autres départements ministériels et institutions techniques chargés de la recherche. Or, l’observation sur le terrain confirme moins ces attributions qui visent l’amélioration de l’état du dialogue (interne et externe) entre les chercheurs et les décideurs. En effet, la finalité des initiatives de recherches menées a davantage un motif budgétaire que la recherche des résultats. Par ailleurs, les initiatives des chercheurs de ce département ministériel sont limitées du fait de la faible prise en considération des résultats produits. Il en résulte ainsi une démotivation de la part des chercheurs qui ne se livrent plus qu’aux activités susceptibles de leur procurer des ressources. Parallèlement, on observe aussi l’absence d’une visibilité des actions menées du fait d’un manque de vulgarisation et de promotion des résultats des travaux présents.
De manière générale, il résulte de ce qui précède que le dialogue entre chercheurs et décideurs apparaît encore timide et mitigé. C’est une situation qui est en grande partie due à l’absence de concertation entre décideurs et chercheurs et à la faible considération des résultats des recherches dans la prise de décisions. Certes, aborder les politiques publiques de recherche semble poser de problèmes puisque relevant essentiellement de la responsabilité et du pilotage de l’État ; responsable et garant des orientations stratégiques de la recherche. Pourtant, il est possible de montrer « à l’épreuve des faits », comment le mouvement concertateur (chercheurs/décideurs) de l’action publique est de nature à profiter à ce secteur d’activités, au niveau des établissements secondaire, des Universités et des écoles de formation. L’établissement d’un tel environnement de dialogue pourrait progressivement influencer le niveau de la recherche, l’efficacité de la prise de décisions et conséquemment le niveau de l’intégration des résultats de ces recherches.
C’est dire qu’un bon dialogue entre chercheurs et décideurs dans la gouvernance des secteurq de l’éducation et de la formation semble être de nature à favoriser les influences de la recherche sur les politiques publiques dans ce secteur en vue de contribuer au mieux, au développement social durable et à la réduction de la pauvreté.
IV- Facteurs déterminants du dialogue dans la gouvernance du secteur de l’éducation et de la formation
En vue de la formulation des recommandations, seront respectivement identifiés et analysés, les facteurs favorables (III.1), puis défavorables (III.2) au dialogue chercheurs et décideurs dans la gouvernance des secteurs de l’éducation et de la formation.
IV.1- Facteurs favorables
Les facteurs favorables au dialogue chercheurs décideurs sont tout élément qui concourt favorablement ou qui pourrait contribuer positivement à l’environnement conversationnel des deux acteurs. En effet, la contribution de chaque facteur donne lieu à une intensification des effets des résultats de recherches sur les prises des décisions et par ricochet sur l’essor socioéconomique. L’objectif principal de la recherche étant celui de contribuer efficacement et durablement à l’amélioration du bien-être social et conséquemment au développement. Dans le cadre de cette étude, les facteurs suivants ont été identifiés comme éléments favorables du dialogue chercheurs/décideurs :
IV.1.1- La décentralisation
La décentralisation signifie opérer un mouvement contraire à la centralisation. Elle constitue de ce fait le niveau administratif le plus proche des citoyens. En réalité, contrairement au mode de gestion administrative centralisé, la décentralisation se veut davantage participative, implicative et ouverte à toutes idées novatrices.
Si la volonté de promouvoir la décentralisation au Cameroun est ancienne,[4] Le processus s’est accéléré ces dernières années, notamment avec la Constitution du 18 janvier 1996 et la loi n° 2004/017 du 22 juillet 2004, d’orientation de la décentralisation. Cette dernière étant l’un des socles de la démocratie, la gestion administrative camerounaise s’articule autour d’une administration déconcentrée (préfectures) et décentralisée avec l’institution des collectivités territoriales décentralisées (CTD) avec pour principes constitutionnels fondateurs, la libre administration reprises par des lois et des règlements.
L’option participative appelle la consultation des principaux acteurs du développement, notamment les collectivités territoriales décentralisées et la société civile chaque fois que les pouvoirs publics, aussi bien à travers la réflexion sur les questions de développement que dans le cadre du suivi et de l’évaluation des activités qui découlent de leur nécessaire mise en œuvre. C’est le cas de la mise en place de Comités ou Commissions accompagnant la réalisation des projets d’envergure au sein desquels figurent de plus en plus des représentants des populations.
Cette option s’illustre au sein de l’Etat par un aménagement qui engendre des mutations encourageantes à un environnement d’échange entre les décideurs et les populations en général et singulièrement les chercheurs. Il s’agit alors de tendre de plus en plus vers un mode juridico-politique de type libéral, combiné avec une administration publique compétente, non corrompue et responsable. Dans ce cadre, la décentralisation, composante essentielle de la bonne gouvernance met en œuvre et traduit dans les faits orientés, la participation et la responsabilisation éclairées par des réflexions préalables. Cette gestion sociale et économique de proximité rapproche l’administration des administrés et donc, concourt au développement humain participatif et durable.
Parmi les secteurs ayant rapidement bénéficié des bienfaits de la décentralisation figure celui de l’éducation. Il s’ensuit, tout au moins en ce qui concerne la problématique examinée dans le cadre de cette étude, une facilitation du dialogue entre chercheurs et décideurs. Notamment, le rapprochement du centre de décision des bénéficiaires permet un meilleur ciblage des besoins qui pourraient l’objet de thèmes de recherche. C’est sans doute une des raisons qui explique que la bonne gouvernance du secteur de l’éducation soit mieux implémentée du fait de la conjonction interactive entre les décideurs et les chercheurs.
IV.1.2- La démocratie
La démocratie est un régime politique où la souveraineté appartient au peuple ou encore une gouvernance du peuple par le peuple et pour le peuple. Le régime démocratique est fondé sur le principe de la souveraineté et appartient à l’ensemble des citoyens, soit directement (par référendums) soit indirectement par l’intermédiaire de ses représentants élus. Les élections doivent se tenir au suffrage universel, de façon régulière et fréquente.
Elle suppose l’existence d’une pluralité d’options, de propositions nouvelles, généralement incarnées dans le souci participatif de développement des acteurs libres de s’opposer et de critiquer le gouvernement ou les autres acteurs du régime. C’est d’ailleurs cette liberté idéale et d’expression qui caractérise l’originalité de la recherche. Selon Raymond Aron (références), une démocratie n’existe donc qu’autant qu’on y trouve «une organisation constitutionnelle de la concurrence pacifique pour l’exercice du pouvoir». Or, le dialogue et l’intégration des idées novatrices constituent une des bases fondamentales du pouvoir. La démocratie dans ce sens serait une courroie de transmission entre le pouvoir et les auteurs des innovations. Elle exige la reconnaissance des libertés d’association, d’expression et de presse. Juridiquement, une démocratie s’inscrit dans un État de droit; culturellement, elle nécessite une acceptation de la diversité. La considération de cette diversité conduit à une bonne orientation des décisions stratégiques et par conséquemment à une bonne gouvernance.
IV.1.3- La volonté politique
La volonté politique est un engagement qui ressort des politiques et stratégies gouvernementales. Dans le secteur de la recherche, on peut affirmer qu’elle existe au Cameroun et constitue un facteur d’émulation. Il est loisible de la relever dans certains éléments et mesures incitatifs.
1°) La prime de recherche
La prime de recherche peut se comprendre comme une forme de subvention destinée à encourager le développement de l’activité de recherche publique ou non. C’est également une forme de contrepartie incitative ou stimulante qui a pour finalité d’encourager et d’appuyer l’acteur chercheur et l’intensification de l’activité de recherche. Bien qu’elle soit restée davantage publique en ce qu’elle ne bénéficiant qu’aux universitaires d’Etat et institutions publiques, la prime de recherche a connu une évolution au Cameroun. En effet, originellement annuelle, elle est passée à une fréquence semestrielle. Bien que cette fréquence soit jugée faible par les chercheurs qui pensent qu’elle devrait être trimestrielle voire mensuelle, l’évolution marquée ici montre une réelle volonté institutionnelle à l’activité de recherche. Bien sûr, cette amélioration au regard des chercheurs ne peut, à elle seule, contribuer au rapprochement direct avec les décideurs. Ces derniers pourraient toute au moins indirectement tirer profit de la multiplication et la diversité des thèmes de recherche du fait de l’amélioration de son appui.
2°) La coopération
La recherche dans le domaine de l’éducation et de la formation est marquée par une volonté de coopération avec les institutions étrangères du même secteur. En réalité, nombre de chercheurs et institutions de recherche sont respectivement membres et partenaires des groupes de recherches d’autres établissements de recherche nationaux ou étrangers. Dans ce sens, on peut entre autres évoquer le cas du groupe de recherche de la CEMAC et la multiplication des actions coopératives entre des universités camerounaises et celles du sud ou du nord. Par ailleurs, le souci et la détermination étatique d’intensifier les rapports de coopération sont de plus en plus perceptibles avec l’accent particulier mis sur la promotion du secteur de l’éducation et de la formation. C’est d’ailleurs dans cette optique que la création d’une zone franche universitaire pour la formation de technologues de haut niveau et celle de deux universités virtuelles dont une à vocation sous régionale est projetée pour l’exercice 2008. Cette projection qui vise à renforcer la coopération sous régionale dans le domaine de la recherche devrait également s’orienter vers le rapprochement avec les décideurs pour un dialogue constructif. Dans cette optique, l’ouverture sous régionale du secteur éducation et formation serait plus susceptible de conduire au perfectionnement des systèmes de gouvernance y relatifs.
Il convient de noter dans les mêmes secteurs, les offres de coopération soutenue au Cameroun par l’UNESCO, l’UNICEF, et d’autres organismes des Nations Unies. Il en est de même du parrainage et du partenariat des organisations non étatiques nationales et internationales qui offrent des appuis considérables au secteur.
3°) Les mesures protectrices des résultats de recherches
Au rang de la protection des résultats des recherches, l’Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle (OAPI) protège les fruits des études des chercheurs en général et des chercheurs individuels singulièrement. Cette mesure conservatrice des résultats de recherche semble sécuriser la propriété des initiatives des chercheurs et protège celles-ci contre toutes contrefaçon tant que les conditions d’exploitation et de divulgation n’ont pas été remplies. Toutes choses constituant à la fois une motivation et une opportunité de repérage des auteurs.
IV.2 – Facteurs défavorables
L’état du dialogue entre chercheurs et décideurs au Cameroun peut être regardé comme un des facteurs limitatifs de la recherche et explicatifs de la pauvreté en général, eu égard au rôle novateur de cette activité investigatrice. En effet, l’environnement de gouvernance des secteurs éducatif et de la formation camerounais souffre encore de diverses entorses dont la plus visible a trait à l’absence d’une plate forme de dialogue entre chercheurs et décideurs. Il en résulte que cet environnement est caractérisé par des maux tels que la pauvreté, la corruption et l’impunité, et un faible niveau de la démocratie.
IV.2.1- La pauvreté
Malgré sa complexité et ses multiples facettes, la pauvreté peut s’appréhender comme une insuffisance de ressources et une privation des possibilités de choix et d’opportunités qui offriraient aux individus des conditions de vie convenable. En effet, la pauvreté n’est jamais définie par elle-même, mais approchée à travers des concepts voisins, comme ceux du bien-être, de l’exclusion, de précarité, de l’inégalité ou encore de l’équité. Si la pauvreté semble se manifester par la faible accessibilité aux services sociaux de base tel que les soins de santé l’éducation, l’accès à l’eau potable et à l’habitat, elle peut aussi justifier l’isolement des chercheurs dont la tendance est à développer des stratégies individuelles de survie et d’autoprotection. C’est ainsi qu’ils sont généralement conduits à ne proposer leurs projets qu’aux structures ou organismes susceptibles de les financer, et même parfois au mépris de la valorisation des produits qui pourraient en résulter.
Les décideurs, pour leur part, sont beaucoup plus enclins à protéger leur position en occultant parfois des recherches provenant d’un concurrent imaginaire donc la vulgarisation pourrait contribuer à déceler les compétences. Toute chose qui peut s’expliquer par l’état de précarité de l’emploi et la faiblesse des revenus qui, à leur tour, influencent très négativement l’environnement du dialogue entre les deux types d’acteurs. Cette situation est souvent renforcée par la prévalence de la corruption dans ces milieux.
IV.2.2- La corruption
La corruption est l’utilisation d’une fonction, d’un service ou d’un bien public, pour un intérêt privé ou personnel. Elle se manifeste par le paiement de pots de vin à des agents officiels ou privés. Il est aujourd’hui notoire que le paiement des pots de vin et les détournements de fonds publics sont des formes de corruption les plus répandues en Afrique Subsaharienne en général et singulièrement au Cameroun. La pratique de la corruption au sein d’une administration ou d’une communauté politique conduit à des coûts tant politiques qu’économiques non négligeables à l’essor social et susceptible d’influencer défavorablement l’environnement du dialogue des différents acteurs ; en occurrence celui des chercheurs et des décideurs.
Pour ce qui est du domaine de l’éducation et de la formation, le coût de la corruption se traduit par des disparités régionales importantes, une inégalité d’accès notamment au détriment des filles dans certaines régions, la faible efficiente externe et interne du secteur, en particulier pour l’enseignement technique et professionnel où l’adéquation avec le monde de travail est sensée plus directe.
Le volet de Lutte contre la corruption est un secteur transversal de la bonne gouvernance. Ainsi en est-il les mesures prises dans le cadre de la réforme administrative par la création des cellules anticorruption dans les départements ministériels dont la première fut celle du ministère de l’éducation nationale. Il n’est pas sans intérêt d’observer que cette primauté tient à l’importance de l’éducation et dans la formation des futurs cadres nationaux. A ces mesures, il faut ajouter la décision politique ayant conduit à la création d’une Commission Nationale Anti-Corruption (CONAC), toutes les mesures relatives à l’amélioration du fonctionnement de la justice, de l’instauration de l’accountability dans la gestion administrative, financière, économique, sociale, sans oublier l’opération Epervier, etc., qui dans l’ensemble devraient contribuer à la prévention et à la répression de la corruption. On peut regretter que ces actions soient bridées par le manque de concertation entre les acteurs sectoriels et que la forte concentration des pouvoirs de décisions qui sont de nature à favoriser le phénomène.
Notre enquête sur le terrain a pu démontrer que le but des sollicitations des chercheurs est davantage financier que scientifique. Autant dire que les décideurs sollicitent des recherches non pas pour utiliser les résultats de celles-ci, mais pour un besoin de justification budgétaire. Cette motivation est loin de favoriser le dialogue entre les deux acteurs. En outre la conscience partagée de cette motivation est un facteur favorisant pour des recherches complaisantes dont l’approfondissement est sujet à caution, et la situation inverse est aussi vraie.
L’inefficacité et l’inefficience des certaines décisions gouvernementales ont ainsi conduit à l’élaboration des mesures de lutte contre la corruption à travers le Programme National de Gouvernance (PNG). Dans ce cadre, la bonne gouvernance se présente comme une prescription gouvernementale à court et à moyen termes.
IV.2.3- L’impunité
L’impunité est le corollaire de la ténacité de la corruption dans le secteur de l’éducation et de la formation. Elle s’illustre par l’absence ou le refus de punir les auteurs de la corruption, quant bien même ils seraient nettement connus et identifiés. L’impunité est dans ce sens, la manifestation de la chaîne de la corruption qui va des décideurs aux services de la justice. En effet, dans nombre de situations, certains acteurs apparaissent comme « juge et partie » de la corruption. Dans le cadre de la bonne gouvernance au Cameroun par exemple, les départements ministériels camerounais en général et de l’éducation en particulier sont dotés d’un comité dit de la bonne gouvernance présidé par les secrétaires généraux des ministères. Cette double responsabilité des décideurs semble faiblement contribuer à la lutte contre l’impunité et à l’amélioration de l’environnement du dialogue et, au contraire favoriser davantage la corruption ; car le décideur est appelé à jouer conjointement les rôles de gestionnaire et de contrôleur.
C’est un truisme que d’affirmer que les conséquences sociales de l’impunité sont considérablement néfastes, puisqu’elle confère aux coupables le sentiment d’être intouchables. En réaction, l’impunité entraîne une chute de la morale populaire, puisque l’honnêteté ne semble pas encouragée. La sanction effective est un facteur de la lutte contre la corruption et par ricochet de réduction de la pauvreté. Elle contribue à rétablir les valeurs essentielles d’une société, à affirmer la supériorité du bien sur le mal, de l’ordre sur le chaos, et participe ainsi en premier lieu au devoir de mémoire. C’est reconnaître que l’absence de punition des coupables constitue un facteur défavorable à la bonne gouvernance.
IV.2.4- Inadéquation du mode de désignation des responsables politiques au poste de décision
De l’enquête sur le terrain, il ressort que le mode de désignation de certains responsables aux postes de décisions est une entorse majeure au dialogue chercheurs/décideurs dans le contexte de prise de décisions et de la gouvernance des secteurs concernés. En effet, cette désignation semble moins se justifier par des raisons d’efficacité et d’efficience que politiques et relationnelles. Les décideurs politiques, moins imprégnés des connaissances techniques se retrouvent souvent à des postes ne correspondant pas à leur profil. Cette situation conduit à la moindre considération des études de faisabilités préalables des chercheurs dont la compréhension nécessite un minimum de connaissances techniques avérées. Au bout du compte, on assiste à une mauvaise gouvernance où les fonds sont orientés à des projets irréalistes retenus sur des bases politiques subjectives et non techniques.
IV.2.5- Le manque de financement
Selon, la plus part des décideurs et chercheurs rencontrés, le paradoxe de la production, de la vulgarisation et d’utilisation des résultats de la recherche repose fortement sur l’insuffisance des moyens financiers alloués. Pour suppléer la modicité des moyens destinés à la recherche, certains domaines sont soutenus par l’apport des partenaires techniques et financiers divers.
IV.2.6- L’abstraction des résultats des recherches
De l’avis de la plus part des décideurs rencontrés dans le cadre de cette étude, il ressort que les résultats de certaines études ne sont pas considérés dans les prises de décisions étatiques du fait qu’ils sont moins précis et moins opérationnels. Par ailleurs, l’absence d’une indication méthodologique des fruits des recherches suivies d’un manque de calendrier de mise en œuvre sont autant d’autres facteurs défavorables à l’utilisation optimale des dérivées des recherches. Parallèlement, la sous-utilisation des résultats des recherches semble aussi se justifier par une inadéquation entre les thèmes de recherches et les décisions à prendre.
IV.2.7- Manque de rapprochement entre les décideurs et les chercheurs
Bien que l’on puisse signaler l’existence d’un dialogue entre chercheurs et décideurs, l’état de ce dernier mérite d’être amélioré à travers un rapprochement des deux acteurs. En effet, on peut relever que les chercheurs ne sont sollicités par les décideurs que dans l’urgence. En dehors de cet état de pression, le dialogue chercheurs/décideurs reste assez mitigé et limité à l’utilisation des résultats qui la plus part de temps sont obsolètes ou peu adaptés au problème posé. Or l’adaptation d’une solution à un problème quelconque nécessite au préalable un exposé convenable dudit problème par le décideur et une expertise adéquate du chercheur. Malheureusement, cette analyse n’est possible qu’en cas de synergie entre les deux acteurs.
IV.2.8- L’excès de bureaucratie
Le modèle bureaucratique apparaît également comme un frein à l’émergence de la gouvernance africaine en générale et du secteur de l’éducation et de la formation camerounaise singulièrement. Ainsi, en tant qu’observateur averti des administrations publiques des pays d’Afrique francophone, Roger Gabriel NLEP a pu penser que : « l’administration publique apparaît comme un curieux paradoxe. Mal aimée et constamment mise en cause à l’occasion de ses lenteurs jugées absurdes, du népotisme et de la corruption, c’est pourtant d’elle que la population attend la moindre solution à ses problèmes de la vie de tous les jours ». Cette réflexion rejoint partiellement les résultats de l’analyse des données de notre enquête. En effet, le modèle bureaucratique, caractérisé par les lenteurs des procédures, le manque de sérieux de certains agents d’Etat individualistes est moins susceptible de favoriser le dialogue entre les décideurs et les chercheurs traduisant ainsi une certaine inertie. En réalité, il est de coutume d’entendre dans les administrations publiques que : « le travail de l’Etat ne finit jamais ». Ce qui suscite non seulement un désintérêt des chercheurs pour qui les résultats des études sont ignorés et moins pris en compte par les décideurs. Par ailleurs, cette lenteur conduit à des consultations tardives des résultats de recherches après prise de décision pour un problème quelconque.
IV.2.9- L’absence des programmes et budgets de recherches
L’absence des programmes et des budgets de recherche à l’instar des fonds Universitaires d’appui à la recherche (FUAR) contribue à expliquer les limites de la recherche universitaire. En effet, il n’existe pas dans les budgets des universités des fonds significatifs destinés à financer ou à encourager les réalisations des projets de recherches. Seulement 2% du budget est affecté à la recherche. Or, mener une recherche scientifique avec aisance nécessite une consistance des moyens matériels et surtout financiers.
V- Suggestions pour un meilleur dialogue chercheurs/décideurs et une intégration adéquate des résultats de recherches dans les prises de décisions
Quelques recommandations peuvent être formulées dont la mise en œuvre est susceptible d’améliorer le dialogue entre chercheurs et décideurs :
V.1- La mise en place d’organismes et de laboratoires de recherches
En vue de mieux les organiser, les rapprocher des décideurs et renforcer puis pérenniser le dialogue chercheurs décideurs dans la bonne gouvernance du secteur de l’éducation et de la formation. Ces structures joueraient également un rôle d’interphase entre les chercheurs et décideurs. Il permettra ainsi de prendre en considération les besoins étatiques dans la définition des thèmes de référence des différentes études.
V.2- Le renforcement des structures publiques et privées (nationales et internationales) de vulgarisation des résultats de recherche en général et particulièrement du secteur de l’éducation et de la formation.
V.3- L’élaboration de stratégies d’amélioration des conditions surtout financières et matérielles de travail et optimiser les initiatives des chercheurs.
V.4- La mise en place d’un fonds national de la promotion de la recherche et des innovations destiné à financer les recherches appliquées.
V.5- La culture de l’objectivité. Promouvoir le critère d’efficience et d’efficacité dans les modes de désignation des décideurs politiques dans le secteur de l’éducation et de la formation.
Références Bibliographique
1- Contribution du Ministère de l’Enseignement Supérieur et des Universités d’Etat du Cameroun à la deuxième conférence internationale régionale : 14-18 juillet 2004, Gouvernance partagée : La lutte contre la pauvreté et les exclusions, Yaoundé.
2- Services du Premier Ministre : 2006-2010, Programme National de Gouvernance, Yaoundé.
3- Services du Premier Ministre : 2004, Cameroun : les chantiers de la Gouvernance, Yaoundé.
4- PNUD : 2005, promouvoir la gouvernance démocratique.
5- Ministère de l’Enseignement Supérieur : 2003, Professionnalisation de l’Enseignement Supérieur.
6- Ministère de l’Education National : juin 2000, stratégie du secteur de l’éducation, Yaoundé.
7- UNESCO : Mai 1999, Evaluation et Enjeux de l’Enseignement Supérieur du Cameroun : éléments pour un plan stratégique de développement.
8- Ahmed S. et al. : Lexique d’économie, 7ème édition.
9- Département de l’information de l’ONU : 1994, Attaquer la pauvreté.
10- GUMISAI MUTUME : février 2003, Un nouveau remède contre la pauvreté en Afrique ?
11- Services du FMI : décembre 2000, Accélérer la croissance et réduire la pauvreté en Afrique subsaharienne—le rôle du FMI.
12- PNG : la problématique.
13- Le Livre Blanc, un groupe d’intellectuels : octobre 1990, changer le Cameroun : pourquoi pas ? Yaoundé.
14- Présidence de la République du Cameroun : 2005, décret n°2005/123 du 15 avril 2005 portant organisation du ministère de l’emploi et de la formation professionnelle, Yaoundé.
ANNEXES
N°1 : Liste des personnalités rencontrées
Dr KEGNE Eugène ; Sous Directeur chargé de la recherche au Ministère de la Recherche Scientifique et de l’Innovation (Minresi)
Mr SALI BABANI ; chercheur au centre National de l’éducation
Mr NGATHE KOM ; Directeur de la formation et de l’innovation au Ministère de l’emploi et de la formation professionnelle (Minfop)
Mr ESSINDI ; chef de la Cellule Informatique au ministère de l‘emploi et de la formation professionnelle (Minfop)
Mr NJOYA; Sous Directeur (Minfop)
Mr BAKOP; Sous Directeur (Minfop)
Mme BENOUN; Sous Directeur (Minfop)
Dr TAMO; Inspecteurs des services n° 3 au Ministère de l’enseignement de base
Pr. MOL NANG ; chef de Cellule de la promotion de la recherche au Minsup
Dr ABBA DALI ; Directeur de la valorisation et de la vulgarisation des résultats de la recherche au Ministère de la Recherche Scientifique et de l’Innovation (Minresi)
Hon Charly Gabriel MBOCK
N° 2 : Questionnaire
Thèmes : ETAT DU DIALOGUE ENTRE CHERCHEURS ET DECIDEURS DANS LE DOMAINE DE LA BONNE GOUVERNANCE DU SECTEUR DE L’EDUCATION ET DE LA FORMATION AU CAMEROUN
Questions
II- Identification
1 Noms et prénoms :
2 Statut (Chercheur ou Décideur) :
3 Spécialité :
4 Structure :
5 Poste de responsabilité :
II- Etat des lieux de la problématique recherche/politiques publiques sectorielles
1 Savez-vous s’il existe des recherches axées sur la bonne gouvernance dans le secteur éducation /formation ? Si oui, s’agit-il des études commandées ou initiées par les chercheurs eux-mêmes ?
– Sont-elles faites par les nationaux ou les étrangers ?
– Si elles sont commandées, comment les décideurs formulent-ils leurs demandes ? Par la voie des études, de consultations… ?
2 Quelles sont les grandes articulations de la stratégie intégrée de gouvernance dans le domaine de l’éducation et de la formation?
3 Existe-t-il une corrélation entre la recherche sur la gouvernance et la prise de décisions dans le domaine de l’éducation e t de la formation?
Si oui, est-elle permanente ou ad hoc ?
4 Quels types d’influences peut avoir la recherche sur les politiques publiques dans le secteur d’éducation et de la formation ? Cette influence existe–elle déjà ?
5 L’utilisation des résultats des différentes recherches a-t-elle amélioré la gouvernance dans le secteur éducation formation ?
6 Quels sont les facteurs favorables ou défavorables au dialogue dans la gouvernance dans ce secteur ?
7 Pour ce qui est des facteurs défavorables, quelles stratégies pourrait-on développer pour établir et promouvoir le dialogue entre chercheurs et décideurs dans le secteur de l’éducation et formation ?
8 Selon vous, que faut-il faire pour renforcer le dialogue entre les deux groupes d’acteurs ?
III- Questions spécifiques
A Aux Décideurs
5- Utilisez-vous les résultats de recherches dans le domaine de la bonne gouvernance du secteur d’éducation et de la formation pour vos prises des décisions?
Si non, pourquoi ?
6- Ces résultats de recherches sont-ils adaptés à vos besoins ?
7- Quelles dispositions prendre pour que les chercheurs tiennent davantage compte des préoccupations des décideurs ?
B Aux Chercheurs
1 Sont-ils conformes aux besoins réels sectoriels des décideurs ?
2 Comment les résultats des études sont-ils rendus disponibles ? sont-ils accessibles aux décideurs ? comment ?
Justifiez vos réponses………
